FOI

ï»ż
FOI
FOI

La foi a toujours Ă©tĂ© associĂ©e aux pactes, aux serments, aux promesses de l’amitiĂ©; elle est parfois requise dans les cours de justice («dĂ©clarer sous la foi du serment») et aux pieds des autels («confesser sa foi»). Sur cette base on peut comprendre que le mot «foi» s’emploie de deux maniĂšres diffĂ©rentes pour souligner tantĂŽt le rapport Ă  autrui, tantĂŽt le rapport Ă  soi-mĂȘme. La foi est d’abord ce qui nous rend crĂ©dibles au regard d’autrui. Ainsi, un homme de foi est un homme fidĂšle Ă  ses engagements ; ses actes en tĂ©moignent. Est de bonne foi celui qui n’a pas l’intention de tromper, mĂȘme si par mĂ©garde il se trompe. Inversement, considĂ©rĂ©e comme un engagement personnel, la foi fait de nous des croyants. Ce n’est pas n’importe quelle croyance qui peut ĂȘtre appelĂ©e «une foi», mais seulement une croyance pour laquelle nous sommes prĂȘts Ă  tĂ©moigner; ou bien une croyance que nous avons accueillie sur la foi d’un tĂ©moignage. Ainsi, la foi chrĂ©tienne repose sur le tĂ©moignage des ProphĂštes et des ApĂŽtres; le croyant la reçoit comme un «dĂ©pĂŽt», dont il doit tĂ©moigner Ă  son tour; de lĂ  vient l’idĂ©e d’une tradition, d’une sĂ©rie de tĂ©moins. La foi chrĂ©tienne est le lien de ces tĂ©moignages reçus et donnĂ©s. Toute vie de l’esprit a de mĂȘme sa procession de tĂ©moins.

Pour comprendre la nature de la foi, il ne faut donc pas partir de la subjectivitĂ© d’une croyance ou de l’objectivitĂ© d’un savoir. Il faut partir de la relation que le tĂ©moignage instaure entre les hommes. Cette relation est un lien de fidĂ©litĂ© et de sincĂ©ritĂ© qui peut s’accompagner ou non d’espĂ©rance divine. La foi est la vertu du tĂ©moignage, le poids de la parole donnĂ©e.

La crĂ©dibilitĂ© d’un tĂ©moignage dĂ©pend des preuves qui peuvent le confirmer ou l’infirmer. Le tĂ©moignage ne dispense pas de la preuve. Inversement, la preuve ne remplace pas la fonction propre du tĂ©moignage. Que seraient l’art et la morale sans tĂ©moins? Sans preuve, il n’y aurait pas de science; et, sans tĂ©moins, il n’y aurait pas de culture. Une vĂ©ritĂ© sans preuve demeure douteuse, mais que seraient la beautĂ©, la bontĂ© sans tĂ©moins? La complĂ©mentaritĂ© entre la preuve et le tĂ©moignage est au cƓur de notre civilisation. Dans l’Orient mystique, il y a des poĂštes; il n’y a ni croyants ni incroyants, car on ne peut pas savoir en quoi cela consisterait de devenir athĂ©e; avec le sentiment mystique, on n’en a jamais fini. Comment parler de raison et de foi quand le sentiment de l’infini efface les diffĂ©rences entre la plĂ©nitude du sentiment et le vide des reprĂ©sentations, Todo y Nada ? La distinction entre la preuve et le tĂ©moignage, la raison et la foi, fait partie de notre hĂ©ritage culturel. Historiquement, le sens premier du mot «foi» est celui que nous a lĂ©guĂ© la civilisation romaine: la bonne foi, au sens moral. L’idĂ©e religieuse de la foi-croyance fut introduite secondairement par le christianisme et reprise ensuite par l’islam. Ce double sens de loyalisme moral et de loyalisme religieux s’est conservĂ© jusqu’à nos jours, mĂȘme si les expressions du loyalisme ont changĂ©. Nos contemporains discutent de la foi en terme de croyance, alors que les anciens faisaient plutĂŽt la dĂ©marche inverse, ils concevaient la croyance en terme de fidĂ©litĂ©. Dans les deux cas, on emploie le verbe «croire», mais il n’est plus associĂ© aux mĂȘmes prĂ©occupations. Nous distinguons aujourd’hui «les croyants» et «les incroyants», alors que le vocabulaire ecclĂ©siastique oppose traditionnellement «les fidĂšles» et «les infidĂšles». La notion d’incroyance n’est entrĂ©e dans l’usage qu’au XIXe siĂšcle. Aussi est-ce en essayant de comprendre le point de vue des Anciens qu’on peut dĂ©brouiller l’écheveau tissĂ© par les siĂšcles entre la foi-loyautĂ© et la foi-croyance.

AprĂšs avoir donnĂ© un aperçu gĂ©nĂ©ral des origines et des significations du mot «foi», on examinera ici les traditions qui composent notre hĂ©ritage culturel et ensuite seulement on pourra philosopher sur la foi crĂ©atrice qui soulĂšve des montagnes d’inertie pour le meilleur ou pour le pire.

Origine et sens du mot «foi»

Les mots latins fides (foi) et foedus (pacte, accord, alliance) proviennent d’une mĂȘme racine indo-europĂ©enne, beidh- , qui a donnĂ© aussi en grec pistis et qui suggĂšre d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale l’idĂ©e de confiance (cf. G. DumĂ©zil, IdĂ©es romaines ; G. Freyburger, Fides. Étude sĂ©mantique et religieuse ). La foi est un engagement durable de la confiance, suivant des formes variables telles que: parole donnĂ©e, promesse, profession de foi, serment, contrat, traitĂ©, alliance, conventions diverses. Du fait que la confiance se donne et se reçoit, la valeur du mot «foi» oscille entre le sens actif de «faire confiance» (avoir foi, avoir la foi) et le sens passif d’«inspirer confiance» (faire foi, ĂȘtre digne de foi, jouir d’un crĂ©dit, ĂȘtre fiable). La foi ne se rĂ©duit pas Ă  la confiance; elle l’oriente. Elle peut l’orienter en deux directions complĂ©mentaires: la foi que nous accordons Ă  la parole d’autrui ou Ă  son tĂ©moignage oriente vers lui notre confiance (sens actif); la bonne foi, l’intention droite, oriente vers nous la confiance (sens passif), elle nous vaut un crĂ©dit moral. Sous ces deux directions opposĂ©es (la foi qui nous rend confiants, la foi qui nous rend fiables), on peut reconnaĂźtre l’exigence d’une relation rĂ©ciproque entre les personnes diversement concernĂ©es par les enjeux de la foi. La parole donnĂ©e engage une relation rĂ©ciproque entre la loyautĂ© de l’un et la confiance de l’autre. En donnant sa foi, on se donne soi-mĂȘme Ă  reconnaĂźtre. Tu ne peux avoir qu’une parole; il y va de toi. Les nombreuses rĂ©fĂ©rences donnĂ©es par le dictionnaire de LittrĂ© montrent qu’à l’ñge classique le mot «foi» pose la base personnelle d’un lien social et sert Ă  exprimer toutes les formes de loyalisme: la foi de l’amitiĂ©, la foi en amour, la foi du mariage, la foi promise, la foi jurĂ©e, la foi des traitĂ©s, la foi patriotique, la foi d’honnĂȘte homme et la foi de BohĂȘme (celle que les voleurs se gardent entre eux), la foi en autrui, la foi en soi-mĂȘme... Dans tous ces cas, la foi est distincte du concept de croyance ; elle est comme un pacte que l’on fait avec soi-mĂȘme ou avec autrui; elle implique la loyautĂ© dans les conventions et la fidĂ©litĂ© aux engagements pris. Comme on le verra, c’est la civilisation romaine de l’AntiquitĂ© qui, par l’intermĂ©diaire du Moyen Âge, nous a transmis cette idĂ©e de la foi comme vertu de loyautĂ©, la bonne foi.

La foi chrĂ©tienne est plus complexe, puisqu’elle introduit une croyance religieuse dans les liens de fidĂ©litĂ© Ă  la parole donnĂ©e: fidĂ©litĂ© de Dieu Ă  sa Parole (c’est-Ă -dire Ă  la promesse du salut accomplie dans la rĂ©surrection du Christ) et fidĂ©litĂ© du chrĂ©tien Ă  sa profession de foi (promesses du baptĂȘme). Aujourd’hui, on a tendance Ă  projeter l’idĂ©ologie chrĂ©tienne sur les autres religions en considĂ©rant toute croyance religieuse comme une foi. C’est une erreur qui empĂȘche de comprendre l’histoire des religions; chaque religion doit ĂȘtre analysĂ©e en fonction de son propre vocabulaire. Cette question de vocabulaire est particuliĂšrement importante lorsqu’on traite des rapports entre le judaĂŻsme et le christianisme ou l’islam. Car l’ancienne religion d’IsraĂ«l ne concevait pas la croyance en Dieu comme une foi, au sens que ce mot a pris chez les chrĂ©tiens dans le cadre du judaĂŻsme hellĂ©nistique sous l’occupation romaine. Aujourd’hui encore, on peut constater que l’Encyclopedia Judaica (publiĂ©e en anglais en 1971) ne contient pas d’entrĂ©e Faith , mais seulement Belief («croyance» en gĂ©nĂ©ral) et Articles of faith (Ă  titre d’expression mĂ©diĂ©vale utilisĂ©e par certains rabbins pour dresser une liste des principales croyances juives). Les rĂ©dacteurs de cette encyclopĂ©die affirment que l’enseignement biblique ne contient aucune injonction Ă  croire, aucune prescription de ce que le christianisme et l’islam appellent «la foi». En rĂ©alitĂ©, on peut bien trouver dans la Bible des injonctions Ă  croire, mais il s’agit lĂ  d’une injonction Ă  demeurer fidĂšle Ă  l’Alliance que Dieu a conclue avec le peuple d’IsraĂ«l; la fidĂ©litĂ© d’IsraĂ«l est donc l’expression d’un loyalisme religieux ethnique, qui consiste Ă  observer la Loi que Dieu a rĂ©vĂ©lĂ©e Ă  son peuple. C’est pour cela que les thĂ©ologiens chrĂ©tiens ont toujours distinguĂ© la Loi de l’Ancien Testament et la Foi du Nouveau, Lex et Fides . L’histoire des origines chrĂ©tiennes, comme on le verra, est l’histoire d’une transformation du concept de fidĂ©litĂ©: la Bonne Nouvelle de l’avĂšnement messianique, n’ayant pas Ă©tĂ© reçue par le peuple d’IsraĂ«l, comme dira saint Paul, va devenir, au cours du Ier siĂšcle, le point de dĂ©part d’une nouvelle forme de religion, une religion dans laquelle on entre par conversion individuelle, indĂ©pendamment des appartenances ethniques. La forme de la religion a changĂ©: elle n’est pas ethnique (nationale) mais «congrĂ©gationnelle» (une assemblĂ©e de croyants, l’Église). Lorsque les chrĂ©tiens parlent de «la foi d’Abraham», ils interprĂštent l’Ancien Testament non pas «suivant la lettre» mais «suivant l’Esprit».

Cette interprĂ©tation spirituelle sera reprise ensuite par l’islam. Celui-ci interprĂ©tera l’idĂ©e biblique d’alliance sous la forme d’une alliance cĂ©leste, d’une alliance Ă©ternelle qui se passe dans le ciel. L’expression «alliance Ă©ternelle» se trouvait dĂ©jĂ  dans la Bible. Mais cette expression a Ă©tĂ© surtout utilisĂ©e dans le culte. À mesure que se dĂ©veloppait dans le rabbinisme et le christianisme la pratique de la lecture des saintes Écritures, l’intelligence de la foi se tournait vers la contemplation des rĂ©alitĂ©s cĂ©lestes, Ă©ternelles, au-delĂ  du monde sensible. C’est en conformitĂ© avec cette pratique rituelle de la lecture que l’islam a conçu la fonction du prophĂšte; Dieu commanda Ă  Mu ムammad de rĂ©pĂ©ter sur la terre les paroles «écrites dans le ciel». Le ProphĂšte-lecteur inaugura une nouvelle conception de la fidĂ©litĂ©, la religion du Livre.

De ces remarques gĂ©nĂ©rales dĂ©coule une mĂ©thode d’analyse, qui nous amĂšnera Ă  Ă©tudier d’abord les valeurs de Fides dans la civilisation romaine, puisque c’est de lĂ  que vient notre mot «foi», puis dans le vocabulaire hĂ©braĂŻque, les valeurs de fidĂ©litĂ© Ă  l’alliance divine dans la Bible. L’influence de ces deux civilisations se retrouve aujourd’hui dans notre vocabulaire lorsque nous distinguons la bonne foi et la foi en Dieu. Les deux conceptions de la foi comme loyautĂ© et comme croyance nous ont Ă©tĂ© transmises par le mot fides en latin mĂ©diĂ©val. La rencontre entre la civilisation juive et la civilisation hellĂ©nistique (grĂ©co-romaine) s’était dĂ©jĂ  produite au IIIe siĂšcle avant J.-C. lorsque les juifs alexandrins (les «Septante») avaient traduit la Bible en grec. Au cours du Ier siĂšcle aprĂšs J.-C., la langue grecque est devenue la langue dans laquelle s’est diffusĂ© le christianisme. Le mot grec pistis a servi Ă  exprimer la foi messianique, qui s’est peu Ă  peu distinguĂ©e de la fidĂ©litĂ© Ă  la Loi juive. Ainsi s’est formĂ©e «la tradition apostolique» reconnue (bien que de maniĂšres diffĂ©rentes) par les catholiques et les protestants comme la source de la prĂ©dication et de la discipline dans l’Église. Nous aurons donc Ă  Ă©tudier comment le christianisme a transformĂ© l’idĂ©e de foi; il en a fait une croyance pour laquelle on tĂ©moigne, alors qu’originellement la foi (la bonne foi) Ă©tait la rectitude qui conditionne l’existence (la validitĂ© morale) d’un tĂ©moignage, quel qu’il soit. De fait, la foi chrĂ©tienne elle-mĂȘme prĂ©suppose Ă  sa source un tĂ©moignage, celui des ProphĂštes, de JĂ©sus, des ApĂŽtres. Notre Ă©tude historique nous conduira donc Ă  reprendre par la base la philosophie du tĂ©moignage, puisque, en toute hypothĂšse, l’idĂ©e de tĂ©moignage est premiĂšre et celle de croyance secondaire. La croyance est une affaire historique, alors que la sincĂ©ritĂ© conditionne universellement, moralement, la crĂ©dibilitĂ©. Y a-t-il un sens moral du mot «foi»? Lequel? L’histoire nous montrera que cette question est inĂ©luctable.

«Fides» et «foedus» dans l’AntiquitĂ© romaine

Quelles Ă©taient les valeurs de la fides chez le peuple romain avant l’apparition du christianisme? Nous adopterons comme fil directeur de notre analyse l’hypothĂšse formulĂ©e jadis par M. Voigt («Die Begriffe von Fides», in Jus naturale , IV, Leipzig, 1875) et complĂ©tĂ©e depuis par G. DumĂ©zil et G. Freyburger. L’idĂ©e essentielle, que nous avons dĂ©jĂ  mentionnĂ©e, est la suivante: le terme fides est un terme de relation; il dĂ©termine entre les hommes une relation qui oriente la confiance soit dans une direction active (la confiance que je fais ou que j’accorde), soit dans une direction passive (la confiance que j’obtiens ou que je mĂ©rite), les deux directions pouvant d’ailleurs ĂȘtre suggĂ©rĂ©es Ă  des degrĂ©s divers dans une mĂȘme phrase.

Au sens actif, habere fidem , par exemple, signifie «avoir foi en quelqu’un, avoir confiance en quelqu’un». Il ne faut pas confondre cette expression avec celle que nos habitudes actuelles de penser nous invitent Ă  formuler en profitant des facilitĂ©s que donne l’article en français: «avoir la foi». Cette derniĂšre formule a un sens attributif plutĂŽt que relationnel (on attribue Ă  quelqu’un une conviction). Nous ne sommes que trop portĂ©s aujourd’hui Ă  imaginer «la» foi comme quelque chose que l’on a ou que l’on n’a pas; il vaut mieux laisser de cĂŽtĂ© provisoirement ce sens attributif jusqu’à ce que nous soyons en mesure de l’expliquer. Les valeurs relationnelles sont plus fondamentales, mĂȘme lorsqu’on privilĂ©gie le sens actif en direction d’autrui («je vous crois, je vous fais confiance»).

Il faut regarder dans l’autre direction (le sens passif) pour comprendre comment la fides a pu devenir une vertu morale, «celle que les Romains ont le mieux et le plus cultivĂ©e», comme dit Aulu-Gelle (Nuits attiques , XX, I, 19). La fides est comprise comme une vertu morale sur la base d’une norme sociale, d’une rĂšgle des mƓurs suivant laquelle la confiance obtenue, le crĂ©dit moral (sens passif) dont je suis digne dĂ©pend de ma loyautĂ©, cette loyautĂ© Ă©tant elle-mĂȘme une valeur complexe qui inclut: la sincĂ©ritĂ© ou bonne foi; le respect des lois (fides legum ); le sens de la dignitĂ© (qu’en termes modernes nous appellerions un code de l’honneur).

La fides est donc avant tout la vertu de la fiabilitĂ© morale et civique; elle conditionne la solidaritĂ© sociale dans le respect du droit (jus ). C’est pourquoi CicĂ©ron, traitant des vertus cardinales (prudence, justice, courage, tempĂ©rance), range la fides dans la catĂ©gorie de la justice: «Le fondement de la justice est la foi, c’est-Ă -dire la fidĂ©litĂ© (constantia ) et la vĂ©racitĂ© (veritas ) dans les paroles et les conventions» (De officiis , I, 23). La foi est l’honnĂȘtetĂ© qui mĂ©rite crĂ©dit: «Rien en effet ne maintient avec plus de force l’État que la foi [= crĂ©dit] qui ne peut exister sans la nĂ©cessitĂ© de payer ses dettes» (ibid. , II, 24). L’historien grec Polybe estime que la supĂ©rioritĂ© des Romains sur les autres peuples vient de ce qu’ils ont su Ă©difier sur la religion populaire une morale rationnelle: «En consĂ©quence et sans parler du reste, quand un Grec manie des fonds publics, on a beau ne lui confier qu’un talent, et il peut bien avoir dix contreseings avec autant de cachets et le double de tĂ©moins, il est incapable de respecter son engagement; les Romains, au contraire, qui manient de grosses sommes d’argent comme magistrats et comme lĂ©gats, respectent leur devoir, du simple fait qu’ils sont engagĂ©s par serment. Alors qu’il est rare de trouver ailleurs un homme qui ne touche pas aux fonds d’État et garde les mains propres Ă  cet Ă©gard, il est rare au contraire de rencontrer Ă  Rome quelqu’un qu’on ait convaincu d’une pareille action» (Polybe, Histoires , VI, 56, 13-14). Les rĂšgles du droit ne peuvent s’appliquer sans faire appel Ă  la raison et Ă  la bonne foi, c’est-Ă -dire Ă  un juste jugement des responsabilitĂ©s de chacun: «Q. Scaevola, le grand pontife, disait qu’il y avait le plus de force dans tous les jugements oĂč l’on ajoutait «ex bona fide» (en vertu de la bonne foi) et il pensait que la rĂ©fĂ©rence Ă  la bonne foi s’étendait trĂšs largement, qu’elle se trouvait dans les tutelles, les associations, les questions fiduciaires, les mandats, les achats, les ventes, les locations demandĂ©es et les locations consenties, les affaires par lesquelles se maintient la vie en sociĂ©té» (CicĂ©ron, De officiis , III, 70).

Dans les circonstances particuliĂšres, le foedus est l’engagement rĂ©ciproque de la confiance. Une phrase d’Ennius (Ann. , 32) en donne la dĂ©finition: «Accipe daque fidem foedusque feri bene firmum [Reçois et donne la foi, qu’un pacte soit conclu bien ferme].» Les formes sociales qui engagent la foi peuvent ĂȘtre simples ou solennelles: la parole donnĂ©e, la promesse (la foi promise dans le mariage, l’amitiĂ©, l’hospitalitĂ©), enfin la foi jurĂ©e – serment militaire (sacramentum ), serment du magistrat qui entre en fonction, serment judiciaire du juge et des tĂ©moins. Le symbole par excellence de la foi promise est la jonction des mains droites, la poignĂ©e de mains; le geste du serment est la main levĂ©e, parfois tenant l’épĂ©e. La dĂ©esse Fides a la main droite voilĂ©e en signe de consĂ©cration. Les dieux tĂ©moins du contrat sont spĂ©cialement ceux qui, selon G. DumĂ©zil, reprĂ©sentent les deux faces, violente et paisible, de la fonction souveraine: Juppiter et Fides (anciennement Dius Fidius). Le parjure encourt les foudres de Juppiter, mais la paisible Fides n’a qu’une sanction: l’abandon. AbandonnĂ© de Fides, le perfide est discrĂ©ditĂ©, vouĂ© au mĂ©pris de ses concitoyens, sans crĂ©dit et sans protection. La foi romaine n’est pas religieuse par son objet, mais par son contexte: dans tout foedus conclu entre deux partenaires, mĂȘme dans le secret, intervient la garantie d’un tiers, Ă  savoir celle de la divinitĂ© dont le peuple romain reconnaĂźt la prĂ©sence constante au milieu de lui par le tĂ©moignage des sacra et des auguria . C’est au roi Numa que la lĂ©gende attribuait l’institution de cette garantie religieuse comme un principe de gouvernement.

La fides a aussi le sens d’une assurance de protection. «Le latin est la seule langue indo-europĂ©enne Ă  prĂ©senter cette acception» (G. Freyburger, pp. 67-74). L’origine antique de cette acception pourrait ĂȘtre attestĂ©e par l’existence du verbe quiritare : «Le verbe quiritare se dit de celui qui implore en criant la foi des Quirites» (Varron, De lingua latina , VI, 68). Lorsque le dĂ©cemvir Appius voulut «par fraude» rĂ©duire en esclavage la fiancĂ©e d’Icilius et la prendre pour maĂźtresse, Icilius en appela Ă  la deorum hominumque fidem , Ă  la protection (fiabilitĂ©) des dieux et des hommes (Tite-Live, III, 45). Virginius, le pĂšre de la fiancĂ©e, prĂ©fĂ©ra tuer sa fille plutĂŽt que de la livrer au dĂ©shonneur, puis fit appel Ă  l’appui de ses frĂšres d’armes (liĂ©s Ă  lui par le serment militaire). Cet incident mit fin au rĂ©gime des dĂ©cemvirs, comme la mort de LucrĂšce (qui, elle aussi, avait fait appel Ă  la fides) marqua la fin de la royautĂ©. La fonction protectrice de la fides n’a pas seulement une signification morale, mais aussi une signification institutionnelle. La clientĂšle d’un puissant personnage se range sous son patronage, sous la protection de sa fides. Une idĂ©e semblable se retrouve dans les rapports d’hospitalitĂ© et les relations diplomatiques. Le latin mĂ©diĂ©val conservera cette notion de fides comme promesse de sauvegarde (J. F. Niermeyer, Mediae latinitatis lexicon ). Les Grecs eurent quelque difficultĂ© Ă  comprendre la mentalitĂ© romaine sur ce point. Les Étoliens, en 191, «se donnĂšrent eux-mĂȘmes Ă  la foi des Romains, sans en comprendre le sens, induits en erreur par le mot pistis . Chez les Romains, cela revient au mĂȘme de joindre les mains pour la foi et de se soumettre Ă  la tutelle du puissant» (Polybe, XX, IX, II). La fides romaine n’est pas la concorde grecque, l’entente cordiale; elle est une vertu aristocratique, insĂ©parable du sens de l’État. Le vaincu qui se donne Ă  la fides du vainqueur n’a aucun droit, tant que la jonction des mains droites, accueillant sa supplication, n’est pas suivie d’un foedus, d’un traitĂ© en bonne et due forme. Cependant, il appartenait Ă  la dignitĂ© romaine de sauvegarder son crĂ©dit: le don de la main droite garantit au vaincu sa condition d’homme libre (car on ne joint pas sa main Ă  celle d’un esclave sinon pour l’affranchir). Pour inciter les ennemis Ă  se rendre, les Romains surent user avec intelligence de leur rĂ©putation de loyautĂ©, de fiabilitĂ©. D’illustres exemples Ă©taient destinĂ©s Ă  rappeler qu’on doit garder la foi, mĂȘme envers les ennemis. Telle la rĂ©ponse de Camille au maĂźtre d’école de FalĂ©ries proposant au dictateur romain de lui livrer les enfants en otages pour faire cĂ©der la ville assiĂ©gĂ©e. Camille rejette violemment ce «prĂ©sent scĂ©lĂ©rat»; il rappelle que, s’il n’y a pas d’alliance entre les Romains et les Falisques, il existe un droit de la guerre comme de la paix. Le maĂźtre d’école, dĂ©pouillĂ© de ses vĂȘtements, les mains liĂ©es derriĂšre le dos, fut reconduit en ville par les enfants Ă  qui le dictateur avait donnĂ© des verges pour fouetter le traĂźtre en chemin. FrappĂ©e d’admiration par ce geste, la ville se rendit, les ennemis ayant Ă©tĂ© vaincus non par les armes, mais par la justice et la foi (justitia fideque hostibus victis ) [Tite-Live, V, 27-28]. Telle Ă©tait du moins l’idĂ©ologie romaine, illustrĂ©e par de nombreux exemples analogues. L’histoire de Regulus, que les Carthaginois firent prisonnier, puis qu’ils envoyĂšrent en mission Ă  Rome sous serment de revenir, et qui revint, en effet, mourir Ă  Carthage sous des supplices raffinĂ©s, cette histoire inspire Ă  CicĂ©ron des rĂ©flexions philosophiques dont la conclusion est la suivante: «C’est son retour Ă  Carthage qui maintenant nous Ă©tonne le plus; Ă  la vĂ©ritĂ©, en ce temps-lĂ , il n’aurait pu faire autrement; c’est non pas lui mais son Ă©poque qui en a le mĂ©rite: nos ancĂȘtres voulaient qu’il n’y ait pas de lien plus solide que le serment pour engager la foi; c’est ce que montrent les lois contenues dans les douze Tables, les lois dites sacrĂ©es, les traitĂ©s qui engagent notre parole mĂȘme envers l’ennemi, la jurisprudence des censeurs et les peines infligĂ©es par eux; car il n’est rien qu’ils mettaient plus de soin Ă  juger que le respect des serments» (De officiis , III, 111).

Les rĂšgles du jeu Ă©taient strictes. Nul ne pouvait engager la fides publica sans le consentement exprĂšs du SĂ©nat. Des chefs militaires furent livrĂ©s aux ennemis pour avoir enfreint les rĂšgles de la foi publique, en agissant de leur propre autoritĂ© sans le consentement du peuple et du SĂ©nat. Lors de la guerre des Samnites, les tribuns qui se trouvĂšrent dans ce cas furent livrĂ©s aux ennemis: «Et Postumius lui-mĂȘme, l’un des tribuns livrĂ©s, se fit le conseiller et le promoteur de cette mesure. Et C. Mancinus, bien des annĂ©es aprĂšs, fit la mĂȘme chose: avec les Numantins, il avait, sans l’aveu du SĂ©nat, conclu un pacte, et c’est lui qui appuya le projet de leur ĂȘtre lui-mĂȘme livrĂ©, projet que prĂ©sentaient, en vertu d’un sĂ©natusconsulte, L. Furius et S. Attilius. Le projet adoptĂ©, il fut livrĂ© Ă  l’ennemi» (De officiis , III, 109).

Le collĂšge des prĂȘtres de Fides, les fĂ©ciaux, avait pour mission de faire respecter la justice et la foi dans la maniĂšre d’entrer en guerre et dans le respect des traitĂ©s. C’est dans les relations internationales surtout qu’apparaĂźt la grandeur morale et politique de cette valeur faite de loyautĂ© et de dignitĂ© que les Romains nomment fides . Il fallait bien qu’il y eĂ»t quelque puissant ressort interne dans les mƓurs de ce peuple qui, suivant le mot de Polybe, «conquit presque tout le monde habitĂ© en moins de cinquante-trois ans» (I, I).

Ajoutons qu’à l’ñge classique le mot grec pistis peut, comme fides , signifier la confiance non seulement au sens actif mais Ă©galement au sens passif: crĂ©dit, loyautĂ©, bonne foi, fidĂ©litĂ©, promesse, serment, garantie, caution, gage, preuve. Il y a cependant une valeur dĂ©cisive que pistis ne possĂšde pas, celle qui est propre Ă  «la foi des Quirites», Ă  savoir l’idĂ©e d’une protection que chaque citoyen, dans un moment de danger ou de crise grave, est en droit de demander Ă  ses concitoyens au nom des liens sacrĂ©s qui les unissent. Cette derniĂšre conception paraĂźt profondĂ©ment liĂ©e aux mƓurs et aux institutions de la Rome rĂ©publicaine.

Alliance et fidélité dans la Bible

Nous avons pris l’habitude de parler globalement de «la foi biblique», de «la foi chrĂ©tienne», de «la foi juive»..., en supposant que le mot «foi» rĂ©sume la totalitĂ© du rapport de l’homme Ă  Dieu. Il n’existe pas de mot en hĂ©breu qui corresponde Ă  cette acception. Les seuls termes capables d’évoquer dans sa totalitĂ© le message biblique sont ceux qui se rapportent non pas aux attitudes de l’homme, mais Ă  l’Ɠuvre de Dieu. Le Moyen Âge voyait dans l’Écriture la rĂ©vĂ©lation du droit divin, Jus divinum . C’est Ă  peu prĂšs dans le mĂȘme sens qu’en hĂ©breu moderne on emploie le mot dath pour dĂ©signer la religion.

L’ordre divin rĂ©vĂ©lĂ© dans l’Écriture s’organise autour d’une idĂ©e centrale: l’alliance de Dieu avec le peuple Ă©lu. Le mot hĂ©breu berith peut se traduire «pacte d’alliance» (foedus ) ou «serment» (sacramentum ), avec cependant une nuance importante qui met l’accent sur les obligations rĂ©sultant des engagements pris. Cette nuance lĂ©galiste est Ă©voquĂ©e par les traductions grecque (diathĂ©kĂš ) et latine (testamentum ), qui soulignent que l’Écriture, Ă  la maniĂšre d’un Testament, est le dĂ©cret dĂ©finitif, l’expression derniĂšre de la volontĂ© divine, car c’est Dieu qui a engagĂ© la vĂ©racitĂ© de sa parole dans l’élection d’Abraham et dans la loi de l’alliance promulguĂ©e par MoĂŻse. Il faut insister sur ces deux points pour comprendre les enjeux et les formes du loyalisme dans l’Ancien Testament. Dans l’élection d’Abraham, il y va de l’existence mĂȘme d’une race Ă©lue, issue d’un couple stĂ©rile. Dans l’alliance mosaĂŻque, l’enjeu est diffĂ©rent: c’est un rapport de suzerain Ă  vassal qui s’établit entre Dieu et IsraĂ«l. L’archĂ©ologie, en effet, Ă©claire la nature de la berith (en accadien bir ï„–tu ). En 1954, G. Mandenhall a montrĂ© qu’un traitĂ© hittite (XIVe-XIIIe s. av. J.-C.) avait la composition suivante: aprĂšs nomination des titulaires 1o introduction historique motivant la loyautĂ© exigĂ©e du vassal; 2o stipulations du traitĂ©; 3o liste des tĂ©moins divins; 4o bĂ©nĂ©dictions et malĂ©dictions; 5o promulgation publique du traitĂ© enregistrĂ© sur des tablettes. On retrouve une structure analogue dans Exode, XIX-XXIV: 1o introduction historique, XIX, 4-6; 2o lois, XX-XXIII, 19; 3o promesses et menaces, XXIII, 20-23; 4o proclamation publique de l’alliance, XXIV, 1-8. Des traitĂ©s plus rĂ©cents, comme celui d’Esarhadon avec ses vassaux orientaux, sont comparables par leur date et leur composition Ă  la structure du DeutĂ©ronome: 1o introduction historique (Deut., I-II); 2o lois, XII, 1-XXVI, 15; 3o obligations mutuelles, XXVI, 16-19; 4o bĂ©nĂ©dictions et malĂ©dictions, XXVII-XXIX. YahwĂ© est donc le suzerain d’IsraĂ«l, il lui a donnĂ© sa loi.

Le vocabulaire du loyalisme, en IsraĂ«l, comporte un certain nombre de termes dont les principaux (mais non les seuls) se trouvent dans les dĂ©rivĂ©s de la racine (dont on connaĂźt la forme optative Amen , qui est prononcĂ©e Ă  la fin de la priĂšre). L’idĂ©e gĂ©nĂ©rale semble ĂȘtre celle de stabilitĂ©, de garantie durable, de support, sur quoi on puisse s’appuyer comme sur une base sĂ»re (cf. le «Rocher» d’IsraĂ«l). Cependant, les dĂ©rivĂ©s de cette racine doivent ĂȘtre Ă©tudiĂ©s pour eux-mĂȘmes dans la variĂ©tĂ© de leurs emplois. Chaque unitĂ© morphologique est syntaxiquement dĂ©finie par un champ sĂ©mantique qui est l’ensemble de ses valeurs d’usage. C’est Ludwig Bach qui, en 1900, introduisit les mĂ©thodes d’analyse sĂ©mantiques dans ce qu’il appelait alors «l’intuition de la foi dans l’Ancien Testament». Une racine hĂ©braĂŻque donne Ă  la fois des formes nominales et des formes verbales. Nous Ă©tudierons d’abord les formes nominales: ’emunah (que la version alexandrine des Septante traduit souvent par pistis ) et ’emeth (traduit par alĂšthĂ©ia , vĂ©ritĂ©). Parmi les divers aspects du verbe, signalons simplement que l’aspect qal ne s’emploie qu’au participe prĂ©sent (’omen ) pour dĂ©signer les parents nourriciers; le niphal (ne’eman ) exprime la stabilitĂ©, le durable, par exemple la stabilitĂ© promise Ă  la maison de David, la dynastie royale, dans le IIe livre de Samuel, VII, 16, ou encore la constante validitĂ© des ordonnances divines (Ps., XIX, 8; XCIII, 5; CXI, 7). Le hiphil exprime la confiance au sens actif, nous l’étudierons aprĂšs les formes nominales.

Pour illustrer les emplois de ’emunah, nous donnerons quelques citations en faisant paraĂźtre en italique la traduction du mot. Dans le IIe livre des Rois, XXII, 7, il est dit que les travailleurs du temple font leur mĂ©tier avec probitĂ© , consciencieusement. Les Proverbes opposent au menteur l’homme vĂ©ridique dans ses paroles et loyal dans ses actes (Prov., XII, 17; XIV, 5). JĂ©rĂ©mie cherche en vain un homme qui pratique la justice et soit sincĂšre (JĂ©r., V, 1). «Ils tendent l’arc de leur langue pour le mensonge et ce n’est pas dans la droiture qu’ils ont grandi» (JĂ©r., IX, 2). On voit que ces emplois privilĂ©gient les valeurs de confiance au sens passif (celles qui attirent la confiance). Dans les Psaumes surtout, le sens de ’emunah prend de l’ampleur et devient l’expression par excellence de la fidĂ©litĂ© Ă  l’ordre divin: «J’ai choisi la voie de ta fidĂ©litĂ© , j’ai assimilĂ© tes jugements» (Ps., CXIX, 30). Il s’agit de savoir oĂč placer sa confiance, non pas dans une vie de «mensonge», mais dans la voie de «Ta» fidĂ©litĂ©. «YahwĂ© sauvegarde ceux qui sont fidĂšles, et punit Ă  l’extrĂȘme les faiseurs d’orgueil» (Ps., XXXI, 24). Le cĂ©lĂšbre texte d’Habacuc II, 4 que la Septante a traduit: «Le juste vit par sa foi» signifie que le juste vit de fidĂ©litĂ© sincĂšre, c’est-Ă -dire exactement de comportements conformes Ă  ’emeth, la vĂ©ritĂ©. Car la vĂ©ritĂ©, dans la Bible, a gĂ©nĂ©ralement un sens normatif; elle indique moins le fait que la conformitĂ© Ă  ce qui doit ĂȘtre. En principe, ’emunah est une disposition intĂ©rieure, alors que ’emeth se rapporte Ă  des paroles ou Ă  des actes auxquels on peut se fier. Mais il y a souvent des glissements de sens entre les deux. Il semble que ’emeth est employĂ© plus souvent Ă  date ancienne, alors qu’il se fait rare dans le code sacerdotal. Une partie de ses valeurs est prise par ’emunah. Dieu est aussi bien un Dieu de vĂ©ritĂ© qu’un Dieu de ’emunah (Deut., XXXII, 4). Notez le parallĂ©lisme dans les deux vers suivants: «J’ai dit ta fidĂ©litĂ© et ton secours, je n’ai pas cachĂ© ta grĂące [Khesed] et ta vĂ©ritĂ© [’emeth]» (Ps., XL, 11). Le mot Khesed signifie en Dieu la grĂące, chez l’homme la piĂ©tĂ©; lorsqu’il est mis en conjonction avec vĂ©ritĂ©, il exprime la valeur propre de l’Alliance. La mĂȘme valeur est exprimĂ©e, par parallĂ©lisme, dans le premier vers: «Ta fidĂ©litĂ© et ton secours.» Dans le psaume CXLIII, 1, il est dit que Dieu rĂ©pond Ă  la supplication par son ’emunah; on peut songer Ă  la fides romaine accordĂ©e en rĂ©ponse au suppliant; de toute façon, il ne s’agit pas de dire que Dieu a «la foi» mais qu’il est fiable. La conjonction entre grĂące et vĂ©ritĂ© devient, dans le psaume XCII, 3, la conjonction entre la grĂące et la fidĂ©litĂ© (’emunah) qui attire la confiance: «Il est bon [...] d’annoncer le matin ta grĂące et ta fidĂ©litĂ© la nuit.» C’est cela le sentiment de l’Alliance. Dans NĂ©hĂ©mie X, 1, ceux qui sont retournĂ©s de l’exil de Babylone font entre eux un pacte de confiance; ils coupent une ’amanah , ce qui est un mot trĂšs voisin de ’emunah («couper» s’entend au sens de «dĂ©cider», «conclure», suivant la vieille formule rituelle usitĂ©e en GrĂšce comme en Palestine: «couper un pacte ou un serment»).

C’est dans le verbe he’emin que nous trouvons l’expression de la confiance au sens actif. Il faut prendre garde, toutefois, que le verbe est intransitif; on dit «se tenir ferme», «ĂȘtre en confiance». Nous distinguerons trois constructions selon que le verbe s’emploie absolument ou qu’il est suivi de prĂ©positions.

IsaĂŻe emploie la premiĂšre construction, le verbe seul, dans une situation dramatique: les IsraĂ©liens du Nord et les AramĂ©ens s’apprĂȘtent Ă  faire le siĂšge de JĂ©rusalem; ils veulent dĂ©trĂŽner Achaz. Celui-ci prend peur. «Alors son cƓur et le cƓur du peuple vacillĂšrent comme vacillent les arbres de la forĂȘt sous le vent.» «YahwĂ© dit Ă  IsaĂŻe: Sors Ă  la rencontre d’Achaz [...]. Tu lui diras: prends garde d’ĂȘtre calme et que ton cƓur ne faiblisse pas» (Is., VII, 2-3). Donc le message est clair: il s’agit d’opposer Ă  la crainte la confiance, le calme. Mais IsaĂŻe est un poĂšte; il transmet le message par un jeu de mots du genre: «Si vous n’ĂȘtes pas fermes, vous ne serez pas raffermis» ou «Si vous n’ĂȘtes pas stables, vous ne serez pas stabilisĂ©s» (Is., VII, 9), faisant allusion Ă  la stabilitĂ© promise Ă  la maison de David. L’édition de la Bible dans la collection de la PlĂ©iade traduit: «Si vous ne croyez pas, non, vous ne pourrez ĂȘtre stables.» Tel est bien le sens. Mais la Septante hellĂ©nise le passage pour l’édification des juifs alexandrins en Ă©crivant: «Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas» – traduction d’oĂč est sortie la maxime augustinienne sur l’intelligence de la foi (P.L. , XXXVII, c. 1552 et XXXVIII, c. 255, 258).

La deuxiĂšme construction fait suivre le verbe he’emin de la prĂ©position be- et prend alors le sens d’«avoir confiance en quelqu’un ou quelque chose». La troisiĂšme construction fait suivre le verbe de la prĂ©position le- : «croire quelqu’un, tenir pour vrai ce qu’il dit». Enfin, la conjonction khi donne la formule «croire que». La grammaire n’impose pas la distinction entre deux sortes de foi, orthodoxie et orthopraxie. Elle permet de dire que l’on tient pour vraie ou pour valable une dĂ©claration; et il n’est pas difficile de trouver dans la Bible des proclamations impĂ©ratives d’orthodoxie, comme dans Exode, IV, 5 ou dans le second IsaĂŻe, XLII, 10. En outre, ces diverses constructions sont importantes pour comprendre les rapports entre phrases affirmatives et phrases nĂ©gatives («ne pas avoir confiance», «se mĂ©fier»). A. Jepsen (1970) a montrĂ© que, dans les contextes profanes, le verbe he’emin a une tonalitĂ© nĂ©gative. Les ProphĂštes et les Livres sapientaux exhortent Ă  ne pas mettre sa confiance dans les moyens humains mais en Dieu seul. Dans la Bible, les croyances reposent sur des «signes», des «tĂ©moignages». Ces signes sont Ă  la fois les miracles de l’Exode et les prĂ©ceptes de la Loi Ă©noncĂ©s par MoĂŻse; ce sont les signes prophĂ©tiques annonçant que YahwĂ© agit dans l’histoire pour chĂątier les pĂ©chĂ©s de son peuple et pour rĂ©compenser ici-bas ceux qui lui sont fidĂšles. Or quel est l’enjeu? L’enjeu, c’est la vie dans l’alliance exclusive de YahwĂ© avec IsraĂ«l, car YahwĂ© est un Dieu jaloux qui punit les fautes des pĂšres jusqu’à la troisiĂšme gĂ©nĂ©ration et qui n’admet pas d’autre «Baal» devant lui: «Vos yeux ont vu ce qu’a fait YahwĂ© Ă  Baal Peor quand tous les hommes qui Ă©taient allĂ©s Ă  la suite de Baal Peor, YahwĂ©, ton Dieu, les extermina du milieu de toi» (Deut., IV, 3). MoĂŻse lui-mĂȘme, pour avoir doutĂ© un instant, fut condamnĂ© Ă  mourir avant d’entrer dans la Terre promise. L’enjeu, c’est Ă  la fois la vie et le monothĂ©isme: Dieu est unique en tant qu’il est identifiĂ© comme Dieu de l’Alliance. Comment identifier un dieu? Un dieu s’était rĂ©vĂ©lĂ© Ă  Abraham, sous le nom d’El, dans les pays du Nord; un dieu s’était rĂ©vĂ©lĂ© Ă  MoĂŻse sous le nom de YahwĂ© au pays de Madian, dans le Sud. Les deux traditions Ă©lohiste et yahwiste coexistent encore dans la Bible; mais ces deux divinitĂ©s (ou ces deux rĂ©vĂ©lations) n’en firent qu’une en vertu de l’Alliance. MoĂŻse prend bien soin de le prĂ©ciser quand il rĂ©pond Ă  la question «Qui t’envoie?»: «YahwĂ©, Élohim de vos PĂšres, Élohim d’Abraham, Élohim d’Isaac et Élohim de Jacob, m’envoie vers vous» (Ex., III, 15). Le dieu des pĂšres Ă©tait bien le mĂȘme que celui de la Loi. Tout le monde sait qu’un dieu ne doit ĂȘtre ni trop ni trop peu personnifiĂ©: s’il l’est trop, sa majestĂ© se perd dans l’anecdote; s’il l’est trop peu, on ne sait plus comment rendre un culte Ă  un dieu sans passions, sans Ă©mois. Une personnalitĂ© divine doit rester rituelle, typique, vivante dans un culte. Le Dieu d’Abraham avait une personnalitĂ© juridique: il Ă©tait le Dieu de l’Alliance. C’est par lĂ  qu’on l’identifiait, par lĂ  que le Dieu des armĂ©es put devenir le Dieu des Écritures, car il tient sa singularitĂ© d’un adjectif possessif: «Écoute, IsraĂ«l: YahwĂ©, notre Dieu est le seul Yahwé» (Deut., VI, 4). La thĂ©ologie de l’adjectif possessif (Mein Gott! ) rĂ©sume celle de l’Élection et de l’Alliance: «Vous n’irez pas Ă  la suite d’autres dieux, dieux des peuples qui seront autour de vous, car YahwĂ©, ton Dieu, au milieu de toi, est un Dieu jaloux; la colĂšre de YahwĂ©, ton Dieu, s’enflammerait contre toi et il t’exterminerait de la surface du sol» (Deut., VI, 14-15). «Car tu es un peuple saint pour YahwĂ©, ton Dieu; c’est toi que YahwĂ©, ton Dieu, a choisi pour devenir son peuple de prĂ©dilection d’entre tous les peuples qui sont Ă  la surface du sol» (Deut., VII, 6). L’adjectif possessif, qui va dans les deux sens (ton Dieu, mon peuple) comporte une rĂšgle stricte d’endogamie. Quelque temps aprĂšs le retour de l’Exil, Esdras raconte comment il apprit la nouvelle de «l’abomination» des mariages mixtes avec les gens restĂ©s au pays: «Car ils ont pris leurs filles pour eux et pour leurs fils, et la Race sainte a Ă©tĂ© mĂ©langĂ©e aux peuples du pays. Les chefs et les magistrats ont Ă©tĂ© les premiers Ă  accomplir cette mauvaise action. Lorsque j’entendis cela, poursuit Esdras, je dĂ©chirai mon vĂȘtement et mon manteau, je m’arrachai les cheveux de la tĂȘte et les poils de la barbe, et je m’assis bouleversé» (Esdr., IX, 2-3; cf. NĂ©h., X, 31). IsraĂ«l devait accepter d’ĂȘtre un peuple sĂ©parĂ© parce qu’il avait engagĂ© sa confiance en Dieu seul. Cependant, le Dieu d’IsraĂ«l se distingue radicalement de sa crĂ©ation. Cette distinction entre le CrĂ©ateur et sa crĂ©ature est la source des dĂ©veloppements futurs qui se produiront dans le judaĂŻsme rabbinique, le christianisme et l’islam.

Les deux pactes

Pour conclure ces analyses, reprenons la comparaison entre la formule romaine fides-foedus et la formule hĂ©braĂŻque ’emunah-berith . La comparaison peut s’appuyer sur le fait que l’on trouve dans l’histoire du peuple hĂ©breu deux conceptions du pacte: une conception ancienne analogue Ă  la formule romaine et une conception plus originale, propre Ă  la religion d’IsraĂ«l. L’intervention de la divinitĂ© n’est pas la mĂȘme dans ces deux sortes de pactes. À date ancienne, chez les HĂ©breux, les Romains, les Grecs et bien d’autres, la divinitĂ© intervient en tiers entre les partenaires humains concluant un pacte; elle intervient comme tĂ©moin invisible et garant des accords conclus entre les hommes (par exemple Gen., XXXII, 44 sqq.). Dans une forme plus typiquement juive, c’est un homme qui intervient comme mĂ©diateur de l’alliance entre le peuple d’IsraĂ«l et YahwĂ©. Tel est le cas principalement de MoĂŻse dans l’alliance sinaĂŻtique, de JĂ©sus dans le Nouveau Testament, de Mu ムammad dans l’alliance cĂ©leste dont parle le Coran. On notera que la thĂ©ologie de l’alliance change suivant le rĂŽle attribuĂ© au mĂ©diateur: lĂ©gislateur, messie ou prophĂšte.

Lorsque la divinitĂ© sert de mĂ©diateur (dans la formule ancienne), elle garantit par des sanctions religieuses la fidĂ©litĂ© des partenaires humains. En revanche, lorsque la divinitĂ© entre comme partenaire du pacte, le rapport d’alliance devient intrinsĂšquement religieux, thĂ©ocentrique. La parole donnĂ©e par Dieu, la promesse divine, appelle en retour la fidĂ©litĂ© de l’homme aux commandements divins. C’est cette seconde forme de pacte, essentiellement thĂ©ocentrique, qui caractĂ©rise la rĂ©vĂ©lation biblique, fondement de ce qui s’est appelĂ© «la foi» en grec et en latin.

La traduction grecque de la Bible, dans la version des Septante (IIIe-IIe s. av. J.-C.), a Ă©tĂ© jugĂ©e sĂ©vĂšrement par le judaĂŻsme rabbinique. Le mot «foi» est l’un de ces termes qui Ă©voquent presque irrĂ©sistiblement une interprĂ©tation globale de la Bible, la foi messianique s’étant, chez les chrĂ©tiens, dissociĂ©e du lĂ©galisme. Nos traditions sont nĂ©es de traductions successives, de l’hĂ©breu au grec, puis du grec au latin patristique et mĂ©diĂ©val. «Il faut attendre le christianisme, Ă©crit G. DumĂ©zil, pour que, sous l’influence d’originaux hĂ©braĂŻques et grecs, credo et fides reçoivent les valeurs qui nous sont familiĂšres [...]. Il est piquant de voir le saint polĂ©miste d’Hippone, qui vivait si intensĂ©ment sa fides -croyance, la chercher, sans bien entendu la trouver, dans la fides -loyautĂ© du panthĂ©on paĂŻen et traiter celle-ci avec autant de libertĂ© que n’importe quelle divinitĂ© romaine: «Pourquoi (Ă©crit saint Augustin) ont-ils fait de la foi une dĂ©esse et lui ont-ils consacrĂ© un temple et un autel? L’autel de la foi est dans le cƓur de quiconque est assez Ă©clairĂ© pour la possĂ©der. D’oĂč savent-ils d’ailleurs ce que c’est que cette foi, dont le meilleur et le principal ouvrage est de faire croire au vrai Dieu?» (CitĂ© de Dieu , IV, 19)» (IdĂ©es romaines , p. 58, 1969). Dans ce texte s’affrontent deux civilisations, deux conceptions du pacte social. L’une honorait la bonne foi, la Bona Dea ; l’autre s’estimait assez Ă©clairĂ©e pour possĂ©der la vraie foi.

La source de la foi chrétienne

Le christianisme, Ă  la diffĂ©rence de l’islam, s’est formĂ© lentement. JĂ©sus n’a pas fondĂ© d’Église, il fallait attendre la venue de l’Esprit sur les ApĂŽtres, ainsi que le rappelle la liturgie de la PentecĂŽte. Au cours du Ier siĂšcle se sont affrontĂ©es, puis mĂȘlĂ©es, des tendances judaĂŻsantes et hellĂ©nisantes. Le rĂ©sultat de cette Ă©volution complexe a Ă©tĂ© en quelque sorte rĂ©sumĂ© dans l’idĂ©e de «la tradition apostolique», idĂ©e qui a prĂ©sidĂ© Ă  la rĂ©daction des Évangiles (aprĂšs la ruine de JĂ©rusalem), puis Ă  la rĂ©union des Ă©crits du Nouveau Testament (au cours du IIe siĂšcle). L’esprit chrĂ©tien doit son originalitĂ© Ă  la complexitĂ© de ses origines, et il n’aurait pu conserver son unitĂ© sans une forte institution. La lĂ©gende des douze ApĂŽtres (comme les douze tribus d’IsraĂ«l) symbolise le principe sur lequel repose la doctrine de l’Église, Ă  savoir que la plĂ©nitude de la rĂ©vĂ©lation a Ă©tĂ© transmise par les ApĂŽtres. «Le Seigneur, Ă©crit saint IrĂ©nĂ©e, a donnĂ© Ă  ses ApĂŽtres toute la puissance de l’Évangile. C’est par eux que nous connaissons la vĂ©ritĂ© qui est la doctrine du Fils de Dieu» (Adversus Haereses , III, 1, I). Puis: «La tradition vient des ApĂŽtres et est conservĂ©e par la succession du ministĂšre» (ibid. , III, 3, I). Catholiques et protestants se distinguent par la maniĂšre de concevoir «la succession du ministĂšre», mais nul ne met en question le principe de la tradition apostolique. PrĂ©tendre qu’avec les ApĂŽtres la rĂ©vĂ©lation n’est pas complĂšte est une proposition condamnĂ©e par l’Église romaine (Denzinger, 2020). Le dĂ©cret du concile de Trente, en date du 8 avril 1546, est sur ce point plus proche des thĂšses de la RĂ©forme que ne l’est le IIe concile du Vatican. La IVe session du concile de Trente ne fait aucune rĂ©fĂ©rence aux traditions «ecclĂ©siastiques»; elle ne parle que des traditions «apostoliques» en rapport avec la succession du ministĂšre exprimĂ©e par le rite d’imposition des mains «quasi per manus traditae » (Denzinger, 783). Seul est affirmĂ© le double mode de transmission, scripturaire et pastoral, de l’Évangile «source de toute vĂ©ritĂ© salutaire et de toute discipline des mƓurs». Ce qui a Ă©tĂ© rejetĂ©, en revanche, c’est le projet initial de dĂ©cret qui parlait d’une rĂ©vĂ©lation transmise en deux parties, Ă©crites et non Ă©crites; les mots «partim ... partim ...» ont Ă©tĂ© Ă©liminĂ©s de la rĂ©daction dĂ©finitive, le concile n’ayant pas voulu prendre position sur la question de savoir si les traditions non Ă©crites (c’est-Ă -dire rituelles) avaient, Ă  l’égard de l’Écriture, une valeur «complĂ©tive» ou seulement «interprĂ©tative». Les Ă©crivains de la Contre-RĂ©forme ont interprĂ©tĂ© faussement ce dĂ©cret en lui faisant dire qu’il y avait deux sources de la rĂ©vĂ©lation, les Écritures et les Traditions. En fait, le compte rendu des dĂ©bats conciliaires montre qu’on n’a pas envisagĂ© autre chose que des traditions rituelles . Le dĂ©cret ne reconnaĂźt qu’une source (Fontem , au singulier), Ă  savoir l’Évangile, dont la transmission est assurĂ©e conjointement par les Écritures et les traditions rituelles transmises «de la main Ă  la main» (cf. E. Ortigues, «Écritures et traditions apostoliques au concile de Trente»; Religions du livre et religions de la coutume ). Entre le dĂ©cret du 8 avril 1546 et les thĂšses de la RĂ©forme, la diffĂ©rence porte uniquement sur la maniĂšre de concevoir «la succession apostolique». Ce qui rend la situation paradoxale, c’est que, dans les deux confessions, la RĂšgle de foi demeure l’interprĂ©tation de l’Écriture dans l’Église universelle.

La Loi et la Foi

Dans ses Ă©pĂźtres aux Galates et aux Romains, saint Paul oppose la Loi et la Foi, la lettre et l’Esprit. La rĂ©demption par l’amour est la rĂ©vĂ©lation de la loi nouvelle, la charitĂ©. Au moment oĂč il Ă©crit ses fameuses lettres (autour des annĂ©es 50), le christianisme et le judaĂŻsme n’étaient pas deux religions distinctes. Paul se dit lui-mĂȘme pharisien, fils de pharisien; et Luc, dans les Actes des ApĂŽtres, soutient que Paul est restĂ© fidĂšle observateur des «coutumes de ses pĂšres» jusqu’à la fin de sa vie (Act., XXVIII, 17). Y a-t-il contradiction entre la thĂšse de Luc et les affirmations de Paul sur la caducitĂ© de la Loi? Il ne le semble pas. Paul n’a pas dit que les juifs Ă©taient dispensĂ©s d’observer la Loi, mais qu’ils n’avaient pas Ă  l’imposer aux croyants venus de la gentilitĂ©. Il s’agit pour lui d’un dĂ©bat interne au judaĂŻsme. Il ne met pas en question «l’hĂ©ritage» de ses pĂšres, ni l’espoir d’une restauration d’IsraĂ«l Ă  la fin des temps, mais il pense que le salut doit passer par la conversion des paĂŻens: «Dieu est-il seulement le Dieu des juifs? demandet-il. N’est-il pas aussi le Dieu des gentils? Oui, il est aussi le Dieu des gentils. Alors il n’y a qu’un seul Dieu qui justifie le circoncis par la foi et l’incirconcis par la foi. Abolissons-nous la Loi? Absolument pas, nous affermissons la Loi» (Rom., V, 28-30).

La loi mosaĂŻque s’inscrit dans un dessein plus vaste qui va d’Abraham Ă  JĂ©sus, de la promesse messianique Ă  son accomplissement, et du vieil Adam au nouveau. C’est dans une visĂ©e universaliste qu’il faut comprendre les idĂ©es pauliniennes de rĂ©demption et de justification par la foi. À la thĂšse rabbinique de la rĂ©surrection des justes, Paul oppose la thĂšse de la rĂ©surrection universelle. Il emprunte aux paĂŻens l’idĂ©e de «mystĂšre» (le mystĂšre du Christ) pour donner une interprĂ©tation spirituelle du messie souffrant (IsaĂŻe) et de la nouvelle Alliance.

Croyance et confiance

Au terme de notre Ă©tude rĂ©trospective sur l’histoire du vocabulaire, nous pouvons procĂ©der Ă  une analyse des concepts. Nous avons constatĂ© que «foi» et «croyance religieuse» ne sont pas synonymes. Il convient de revenir sur ce point. L’ambiguĂŻtĂ© vient de ce que le verbe «croire» peut s’employer dans deux sens diffĂ©rents. Soit dans un sens dĂ©claratif: «Je crois que..., je tiens pour vraie une certaine dĂ©claration.» Soit dans un sens performatif: «Je vous crois, je crois en vous, je crois en Dieu.» Dans ce cas, la parole vaut acte; elle nous engage dans un lien de confiance Ă  l’égard d’une autre personne. On a lĂ  deux idĂ©es qui s’emmĂȘlent souvent dans la psychologie courante mais qui sont logiquement distinctes: l’idĂ©e de croyance et l’idĂ©e de confiance. La croyance peut prendre des formes diffĂ©rentes (opinion, persuasion, idĂ©ologie, conviction, etc.). Elle a nĂ©anmoins deux caractĂ©ristiques gĂ©nĂ©rales. D’une part, elle comporte (d’une maniĂšre plus ou moins explicite) un jugement: croire, c’est tenir pour vraie une proposition. En cela, on peut se tromper: une croyance peut ĂȘtre vraie ou fausse. D’autre part, la croyance est un guide du comportement. Elle ne se traduit pas seulement dans ce que je dis, mais dans ce que je fais. Dans mon attitude s’opposent affirmation ou nĂ©gation, acceptation ou refus. Une croyance est donc soumise Ă  deux sortes de conditions: des conditions de vĂ©ritĂ© (l’opposition du vrai et du faux ne dĂ©pend pas de nous, mais de ce qui existe indĂ©pendamment de nous); des conditions d’acceptabilitĂ© (l’opposition du «oui» et du «non» dĂ©pend de nous).

La confiance, en revanche, est une relation. On a vu que cette relation peut s’orienter dans deux sens complĂ©mentaires, actif ou passif (avoir confiance, ĂȘtre fiable). Alors que la croyance est une affaire individuelle, un jugement personnel, la foi implique une reconnaissance rĂ©ciproque entre les personnes, entre celui qui donne sa parole (ou inspire confiance) et celui qui la reçoit (ou fait confiance). On notera que le sens actif du mot «confiance» est du cĂŽtĂ© de celui qui «reçoit». C’est par l’histoire des formes de reconnaissance entre les personnes que la foi se distingue de la croyance. À Rome comme dans la Bible hĂ©braĂŻque, on l’a dit, ce sont les normes de fiabilitĂ©, de loyautĂ©, de fidĂ©litĂ© qui apparaissent au premier plan. Un prophĂšte est reconnu digne de foi en vertu non point de ses qualitĂ©s individuelles seulement, mais de la mission qui lui a Ă©tĂ© confiĂ©e par Dieu; cette mission est attestĂ©e par des signes surnaturels de la mĂȘme maniĂšre qu’un mandataire doit prĂ©senter ses lettres de crĂ©ance. Un Romain veut ĂȘtre reconnu en vertu de son statut d’homme libre et de citoyen, alors qu’un Grec veut ĂȘtre reconnu pour lui-mĂȘme, ce qui ne lui rĂ©ussit pas toujours. L’adhĂ©sion du chrĂ©tien Ă  la Parole de Dieu a besoin d’ĂȘtre reconnue dans la communion de l’Église par le moyen des rites du baptĂȘme et de l’eucharistie. Il apparaĂźt donc bien dans tous les cas que ce sont les formes sociales de la reconnaissance entre les hommes qui permettent d’analyser le genre de relation confiante exprimĂ© par le mot «foi».

La relation de foi, comme la relation amoureuse, peut ĂȘtre vĂ©cue dans un sentiment de communion difficilement compatible avec le libre examen des croyances qu’implique cette relation. Pourtant, c’est toujours sur la base de certaines croyances que notre conduite s’oriente dans la vie. Quand nous faisons crĂ©dit Ă  quelqu’un et que nous lui accordons notre confiance, c’est toujours en croyant ou admettant que certaines conditions sont rĂ©alisĂ©es. Si ces conditions ne sont pas rĂ©alisĂ©es, nous admettons que notre confiance a Ă©tĂ© trompĂ©e. La foi oriente la confiance, mais elle l’oriente sur la base de croyances qui peuvent ĂȘtre vraies ou fausses. Leur valeur de vĂ©ritĂ© ne dĂ©pend pas de ce que nous savons, mais de ce qui existe et qui peut Ă©ventuellement contredire ou rĂ©futer ce que nous pensons. La confiance en Dieu a pour fondement l’autoritĂ© de la rĂ©vĂ©lation. La foi religieuse n’est pas seulement confiance, mais aussi obĂ©issance Ă  l’autoritĂ© divine. Elle risque de se confondre avec une pression sociale irresponsable. Elle maintient sa vitalitĂ© en poursuivant le dĂ©bat entre la raison et la foi, qui est au cƓur de la thĂ©ologie.

Le problĂšme de la foi-croyance: les raisons de croire

La thĂ©ologie utilise deux sortes d’arguments: des arguments d’autoritĂ© (l’Écriture, la tradition) et des arguments de raison, tels que ceux qui concernent l’existence de Dieu. Étant donnĂ© que le mot «raison», comme le mot «foi», se prĂȘte Ă  divers usages, on doit prĂȘter attention, chaque fois, au contexte dans lequel ces mots sont employĂ©s. On a donnĂ© le nom de «thĂ©ologie naturelle» Ă  l’ensemble des arguments destinĂ©s Ă  dĂ©montrer l’existence de Dieu par «la raison naturelle». Sous cette derniĂšre expression, il faut entendre non seulement la logique mais plus prĂ©cisĂ©ment la connaissance de la nature telle qu’elle est accessible Ă  l’homme. Les thĂ©ologiens paĂŻens, Ă  l’époque hellĂ©nistique, voyaient dans la science physique une voie indispensable pour accĂ©der Ă  la sagesse. Cette conception a Ă©tĂ© reprise par les thĂ©ologiens chrĂ©tiens (bien qu’avec des vicissitudes diverses). La thĂ©ologie naturelle a pris une importance de plus en plus grande dans la pensĂ©e religieuse entre le XIIIe et le XVIIIe siĂšcle, c’est-Ă -dire jusqu’à la crise du dĂ©isme dit «rationaliste». À partir du XIXe siĂšcle, les discussions prendront un autre tour; elles s’orienteront davantage vers la critique historique. Ainsi la grande pĂ©riode de la thĂ©ologie naturelle fut une pĂ©riode de transition entre la physique grecque (finaliste) et la physique moderne (mathĂ©matique).

De nos jours, comme par le passĂ©, la science physique suscite un sentiment religieux du monde, car c’est toujours un Ă©merveillement esthĂ©tique qui soutient le respect intellectuel pour ce qui existe. Mais la recherche d’une unitĂ© rationnelle, d’une «simplicité» de la thĂ©orie physique a toujours Ă©tĂ© en conflit latent avec la croyance confessionnelle Ă  une divinitĂ© «historique», liĂ©e Ă  une rĂ©vĂ©lation particuliĂšre. Les traditions populaires ne s’attachent qu’à des dieux rĂ©vĂ©lĂ©s par quelque thĂ©ophanie, des dieux qui ont manifestĂ© leur puissance et leur autoritĂ©. DĂ©jĂ  la philosophie grecque eut des rapports ambigus avec les thĂ©ophanies traditionnelles, mĂȘme lorsqu’elle cherchait Ă  s’en accommoder par le moyen d’interprĂ©tations allĂ©goriques. C’est le dĂ©veloppement du naturalisme physique qui a Ă©tĂ© la principale source de conflits entre la raison et l’autoritĂ© divine des traditions. Ce que nous appelons «la raison» n’est donc pas simplement la facultĂ© de raisonner telle qu’elle se trouve façonnĂ©e par diverses cultures; ce que nous appelons «raison», c’est la valeur universelle de «ce que la nature nous enseigne», comme disaient les Anciens. Or ce que nous avons appris en Ă©tudiant la nature physique, c’est que les principes de nos dĂ©monstrations doivent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des hypothĂšses. La forme de la pensĂ©e hypothĂ©tique: «si... alors...» Ă©tait dĂ©jĂ  considĂ©rĂ©e par Platon comme la forme gĂ©nĂ©rale des dĂ©monstrations (RĂ©p. , VI, 510 c-d). En donnant Ă  l’expression de nos croyances une forme conditionnelle ou hypothĂ©tique, nous avons trouvĂ© le moyen d’en faire des propositions susceptibles d’ĂȘtre soumises finalement au test de la pratique expĂ©rimentale. Si nous ne nous Ă©tions pas attachĂ©s pendant des siĂšcles Ă  cette forme conditionnelle de la pensĂ©e, l’observation de la nature n’aurait pas suffi Ă  nous donner ses enseignements.

On voit donc qu’un argument de raison n’a pas la mĂȘme forme qu’un argument d’autoritĂ©. À propos de ce dernier, il convient de rappeler l’évolution de pensĂ©e qui a conduit de la notion mĂ©diĂ©vale des auctoritates Ă  la conception moderne du «document historique». Au Moyen Âge, la thĂ©ologie se dĂ©finit essentiellement comme le commentaire de l’Écriture sainte (expression de l’autoritĂ© divine). Les commentaires scripturaires forment «une chaĂźne» continue, chacun s’appuyant sur les citations, souvent implicites, de textes antĂ©rieurs reconnus comme des «autoritĂ©s», parmi lesquelles on distingue les autoritĂ©s patristiques, les autoritĂ©s conciliaires, les autoritĂ©s magistrales (ou sentences des docteurs). Cependant, l’introduction de la dialectique (l’art de la discussion) et la nĂ©cessitĂ© de concilier des autoritĂ©s divergentes conduisirent Ă  utiliser des notions plus prĂ©cises. Il ne suffisait plus d’intĂ©grer les diverses autoritĂ©s dans l’harmonie globale de l’Écriture (sous la forme du commentaire); les discussions scolastiques obligĂšrent Ă  s’interroger sur la structure logique des arguments. L’école de Guillaume d’Ockam introduisit la notion de «critĂšre» («les critĂšres des vĂ©ritĂ©s catholiques») capable de justifier une «conclusion thĂ©ologique». La thĂ©orie de la conclusion thĂ©ologique conduisit les thĂ©ologiens de la Contre-RĂ©forme Ă  dresser la liste des «lieux thĂ©ologiques» (Melchior Cano). Dans le mĂȘme temps, les humanistes avaient appliquĂ© aux «Lettres divines» les mĂ©thodes d’analyse qu’ils employaient pour les «Lettres humaines». DĂšs lors, les classifications topiques (hĂ©ritĂ©es de la rhĂ©torique) ne suffirent plus. Les classifications se firent de plus en plus mĂ©thodologiques dans le dessein de satisfaire Ă  des exigences «critiques». On aboutit, au XIXe siĂšcle, Ă  la classification mĂ©thodologique qui distingue: la critique textuelle (ou philologique), la critique littĂ©raire (ou Ă©tude des sources) et la critique historique (l’interprĂ©tation des documents). Ces principales Ă©tapes nous ont fait passer de la notion des auctoritates Ă  celles des «documents».

Or pour justifier la doctrine des autoritĂ©s, il faudrait que la croyance ne pĂ»t ĂȘtre traitĂ©e comme une hypothĂšse vraie ou fausse, mais fĂ»t assurĂ©e par une foi (une relation personnelle). Saint Anselme propose un argument (l’argument ontologique) dont le souci est prĂ©cisĂ©ment d’établir que l’existence d’un Être parfait est logiquement indubitable, indĂ©pendante de toute hypothĂšse cosmologique. Si Anselme avait raison, si la croyance en Dieu Ă©tait logiquement ou de soi indĂ©niable (sauf par un nĂ©gateur «insensé»), alors l’objet parfait de la croyance serait le motif de notre confiance, la source d’une foi. Il semble qu’un argument analogue se retrouve Ă  la base de toutes les tentatives visant Ă  combler le fossĂ© entre la foi-loyautĂ© et la foi-croyance. Si ce type d’argument ne tournait pas dans le cercle vicieux de l’autojustification, alors on pourrait dire que la foi a rĂ©ellement un objet.

La signification morale de la foi-loyauté

Comment distinguer la foi de l’idĂ©ologie? C’est peut-ĂȘtre que l’idĂ©ologie a un objet, un objet fascinant; elle est tendue vers un but qui est source d’espoir et de crainte. Nous avons vu cependant que la foi (indĂ©pendamment de la croyance religieuse) a toujours un sens moral; elle est une vertu qui a pour principe la reconnaissance rĂ©ciproque entre les hommes. Nous dirons donc que la foi, au sens moral, a un principe mais qu’elle n’a pas d’objet.

Kant faisait remarquer que l’affirmation de la libertĂ© pose deux problĂšmes: un problĂšme thĂ©orique et un problĂšme pratique. Le premier, tel qu’on peut l’envisager aujourd’hui, revient Ă  s’interroger sur les rapports entre l’innĂ© et l’acquis. Notre cerveau est construit de telle sorte qu’il nous permet d’acquĂ©rir des possibilitĂ©s nouvelles de connaissance et d’action. L’homme est un animal constructeur; il ne se contente pas de choisir son chemin quand il arrive au carrefour; il construit des carrefours; il construit des organisations sociales complexes dans lesquelles il se met lui-mĂȘme en demeure d’avoir Ă  faire des choix, Ă  prendre des dĂ©cisions. Tel est le problĂšme thĂ©orique. Il appartient Ă  la biologie et aux sciences sociales d’explorer le jeu des possibles, comme disait François Jacob. On peut s’attendre Ă  ce qu’un ĂȘtre humain, normalement constituĂ©, possĂšde certaines capacitĂ©s et qu’il y ait place pour des variations individuelles dans les aptitudes innĂ©es ou acquises.

Mais il y a aussi un problĂšme pratique de la libertĂ©, la mienne, la vĂŽtre. Ce n’est plus un problĂšme thĂ©orique, c’est un problĂšme moral. Ici, nous n’avons rien Ă  prouver, sinon comme DiogĂšne, qui prouvait le mouvement en marchant. La libertĂ© morale est pour elle-mĂȘme une foi, une foi dans l’éminente dignitĂ© de la personne humaine. De lĂ  naĂźt une distinction entre la morale du bonheur et la morale de l’autonomie.

La premiĂšre de ces morales comporte une thĂ©orie de la dĂ©cision qu’on appelle «le principe d’utilité». Si l’on admet par hypothĂšse que le problĂšme public de la dĂ©libĂ©ration et de la dĂ©cision est de promouvoir «le plus grand bien du plus grand nombre», on ne peut savoir d’avance quelles sont les fins en fonction desquelles pourront ĂȘtre dĂ©terminĂ©s les moyens «utiles», rationnels. Le principe d’utilitĂ© (ou de l’adaptation rationnelle des moyens Ă  la fin) n’est cependant pas limitĂ© d’avance, car ce qui est une fin Ă  un moment peut devenir un moyen dans un autre, de telle sorte que la recherche d’une rationalitĂ© de l’action ne peut ĂȘtre ni Ă©tablie a priori (on ne peut que proposer des fins Ă  l’approbation des intĂ©ressĂ©s en sachant qu’une dĂ©sapprobation est toujours possible), ni limitĂ©e a priori (puisqu’une fin peut devenir le moyen d’une fin ultĂ©rieure – d’oĂč il rĂ©sulte que le champ de la rationalitĂ© ou de l’utilitĂ© est extensible). Ainsi les dĂ©cisions se prennent de proche en proche en combinant prĂ©fĂ©rences et probabilitĂ©s, espĂ©rances et risques, suivant le schĂ©ma bien connu. Certains arguments (tel le dilemme du prisonnier) ont montrĂ© qu’une dĂ©cision utile dĂ©pend de la maniĂšre dont l’information circule dans une sociĂ©tĂ©: elle ne dĂ©pend pas seulement des biens matĂ©riels, mais aussi des biens immatĂ©riels. Le probabilisme moral (qui n’est pas celui que Pascal a critiquĂ© dans ses Provinciales , mais celui qu’il a inventĂ© dans ses calculs) repose finalement sur une Ă©thique de la coopĂ©ration bienveillante et rationnelle entre les hommes (dont la premiĂšre formulation se trouve chez David Hume et Adam Smith).

Il reste cependant que nul ne peut prĂ©tendre faire le bonheur des gens malgrĂ© eux. La bienveillance (la charitĂ©) ne va pas sans une foi dans l’autonomie de la personne humaine, admise a priori comme constitutive de l’humanitĂ© en tous et en chacun. Il y a lĂ  une notion a priori du bien moral, une foi. Cette foi est sans objet futur ou passĂ©, puisqu’elle est la reconnaissance ici et maintenant de ce qui nous fait hommes, Ă©galement humains, quoi qu’il en soit des apparences contraires. Que serait une foi qui n’est pas capable de se maintenir contre les apparences? Le bien, en ce sens-lĂ , n’est pas un objectif, il n’est pas quelque chose que nous aurions Ă  faire; il est ce qui nous fait exister moralement, ce qui nous constitue comme personne morale dans le respect mutuel. Nous en sommes tĂ©moins les uns pour les autres. La foi a un principe, mais elle n’a pas d’objet, sinon de nous faire exister moralement les uns pour les autres, de faire que chacun trouve en l’autre le tĂ©moignage de sa propre humanitĂ©. La foi est la rectitude, l’éternel prĂ©alable des Ɠuvres.

La science conduit-elle Ă  la foi? Comment y conduirait-elle, si elle n’en vient pas? OĂč voulez-vous aller? On vous dira: «Il est ici ou lĂ , n’y croyez pas.» La foi a un principe; elle n’a pas d’objet. On l’accepte ou on ne l’accepte pas, lĂ  oĂč l’on est, oĂč que l’on soit. La rectitude de l’esprit conditionne la science. L’esprit scientifique n’est pas la neutralitĂ© affective, l’indiffĂ©rence; l’esprit scientifique est une passion; il est l’amour intellectuel de ce qui existe, et qui ne se rĂ©duit pas Ă  ce que nous croyons. La science est l’ensemble des croyances pour lesquelles nous avons des preuves, c’est-Ă -dire des motifs raisonnables de crĂ©dibilitĂ©. La foi, la bonne foi, n’est pas un savoir, elle est l’acceptation d’un principe dont chacun tĂ©moigne Ă  l’égard de l’autre, mĂȘme sans le savoir.

foi [ fwa ] n. f.
‱ feit, feiXIIe; feid XIe; fied Xe; lat. fides « confiance, croyance » → fĂ©al, fidĂšle
I ♩ Vx ou en loc. (sens objectif)
1 ♩ Assurance donnĂ©e d'ĂȘtre fidĂšle Ă  sa parole, d'accomplir exactement ce que l'on a promis. ⇒ engagement, promesse, serment. « Va lui jurer la foi que tu m'avais jurĂ©e » (Racine). Violer sa foi. ⇒ parjure , perfide. — FĂ©od. Foi et hommage : serment de fidĂ©litĂ© du vassal. — Vieilli (pour affirmer) Par ma foi, sur ma foi. Foi d'honnĂȘte homme (cf. Parole d'honneur). « Avant l'aoĂ»t, foi d'animal » (La Fontaine). — Mod. MA FOI : certes, en effet. Ma foi oui. C'est ma foi vrai.
2 ♩ Vx Garantie rĂ©sultant d'un serment, d'une promesse. — Mod. Sous la foi du serment.
♱ SUR LA FOI DE. Sur la foi des tĂ©moins, en se fondant sur leur tĂ©moignage, sur leurs dĂ©clarations. Croire qqch. sur la foi de qqn, en lui accordant crĂ©ance. ⇒ autoritĂ©, crĂ©ance.
♱ (Sujet chose) FAIRE FOI : dĂ©montrer la vĂ©racitĂ©, porter tĂ©moignage, donner force probante. ⇒ prouver, tĂ©moigner. Le cachet de la poste faisant foi (de la date).
♱ Dr. EN FOI DE QUOI : en se fondant sur ce qu'on vient de rapporter. En foi de quoi, j'ai signĂ© le prĂ©sent certificat.
3 ♩ (Avec bon ou mauvais) BONNE FOI : qualitĂ© d'une personne qui parle avec sincĂ©ritĂ©, agit avec une intention droite. ⇒ droiture, franchise, honnĂȘtetĂ©, loyautĂ©, sincĂ©ritĂ©. « Je l'Ă©crivis de bonne foi et sans aucun dessein de la tromper » (Musset). Prouver sa bonne foi. Croire en toute bonne foi (que). ⇒ sincĂšrement. Être de bonne foi : dire ce que l'on croit (mĂȘme si la rĂ©alitĂ© est autre). Abuser de la bonne foi de qqn. — Dr. Conviction erronĂ©e que l'on agit conformĂ©ment au droit. Possesseur de bonne foi.
♱ MAUVAISE FOI : dĂ©loyautĂ©, duplicitĂ©, perfidie. Être de mauvaise foi. Comment osez-vous dire cela, quelle mauvaise foi !
II ♩ Sens subjectif
1 ♩ Le fait de croire qqn, d'avoir confiance en qqch. (Avec quelques v. et adj.) Une personne, un tĂ©moin digne de foi, que l'on peut croire sur parole. Ajouter foi Ă . Je n'ai pas ajoutĂ© foi Ă  ce qu'il m'a racontĂ©.
2 ♩ Confiance absolue que l'on met (en qqn ou en qqch.). Avoir foi, une foi totale en qqn. ⇒ se fier. Une foi aveugle. Avoir foi en l'avenir. ⇒ espĂ©rer. « La foi Ă©tait immense dans ce peuple; il fallait avoir foi en lui » (Michelet).
♱ Techn. LIGNE DE FOI, servant de repùre pour observer avec exactitude (dans un instrument optique). Lignes de foi horizontales et verticales d'un collimateur.
3 ♩ Le fait de croire Ă  un principe par une adhĂ©sion profonde de l'esprit et du cƓur qui emporte la certitude. ⇒ croyance; conviction. Un Ă©lan de foi. « la sublime foi patriotique, dĂ©mocratique et humaine » (Hugo). Loc. C'est la foi qui transporte les montagnes.
♱ SpĂ©cialt Croyance en une religion. (REM. En emploi absolu, il s'agit gĂ©nĂ©ralt du christianisme.) « VoilĂ  ce que c'est que la foi : Dieu sensible au cƓur, non Ă  la raison » (Pascal). Avoir la foi. ⇒ croire. Perdre la foi. Foi chancelante. « Hommes de peu de foi » ( ÉVANGILE saint Matthieu). La foi, l'espĂ©rance et la charitĂ©, vertus thĂ©ologales. Acte de foi. Article de foi. PROFESSION DE FOI : dĂ©claration publique de sa foi, renouvellement des promesses du baptĂȘme (cf. Communion solennelle); par ext. exposition des principes auxquels on adhĂšre. Les professions de foi des candidats Ă  une Ă©lection.
♱ Loc. Il n'y a que la foi qui sauve : formule des protestants selon laquelle la foi peut sauver sans les Ɠuvres. Iron. Se dit de ceux qui se forgent des illusions. — La foi du charbonnier. — N'avoir ni foi ni loi : n'avoir ni religion ni morale; ĂȘtre capable des pires actions. Personne sans foi ni loi.
4 ♩ L'objet de la foi. ⇒ confession, dogme, religion. Professer la foi chrĂ©tienne, la foi musulmane. Confesser une foi nouvelle. Renoncer Ă  une foi. ⇒ apostasier. PrĂȘcher, rĂ©pandre la foi (⇒ catĂ©chiser; catĂ©chisme, 1. prĂ©dication, propagation, prosĂ©lytisme) .
⊗ CONTR. InfidĂ©litĂ©, trahison. 2. Critique, doute. Agnosticisme, incrĂ©dulitĂ©, incroyance, scepticisme; athĂ©isme. ⊗ HOM. Foie, fois.

● foi nom fĂ©minin (latin fides) AdhĂ©sion totale de l'homme Ă  un idĂ©al qui le dĂ©passe, Ă  une croyance religieuse. LittĂ©raire. Engagement que l'on prend d'ĂȘtre fidĂšle Ă  une promesse : Violer la foi conjugale. Toute adhĂ©sion ferme et fervente de l'esprit Ă  quelque chose : Foi politique. Foi dans une idĂ©ologie. Confiance absolue que l'on met en quelqu'un, quelque chose : J'ai une foi totale en lui, en ses capacitĂ©s. FĂ©odalitĂ© Engagement pris par le vassal d'ĂȘtre fidĂšle Ă  son seigneur, et confirmĂ© par un serment prĂȘtĂ© aprĂšs l'hommage. Religion Ensemble doctrinal d'un systĂšme religieux. ThĂ©ologie La premiĂšre des trois vertus thĂ©ologales, qui fait que le croyant adhĂšre aux vĂ©ritĂ©s rĂ©vĂ©lĂ©es de Dieu et transmises par son Église. ● foi (citations) nom fĂ©minin (latin fides) Émile Chartier, dit Alain Mortagne-au-Perche 1868-Le VĂ©sinet 1951 C'est la foi mĂȘme qui est Dieu. ÉlĂ©ments de philosophie Gallimard Raymond Aron Paris 1905-Paris 1983 Je ne sais si je crois en Dieu. Mais, tout au moins suis-je sĂ»r, grĂące Ă  l'histoire qui me recueille, de croire en ceux qui de tout temps et partout ont cru en Lui. Ce que je crois Grasset Raymond Aron Paris 1905-Paris 1983 Toute foi nouvelle commence par une hĂ©rĂ©sie. Ce que je crois Grasset HonorĂ© de Balzac Tours 1799-Paris 1850 L'illusion est une foi dĂ©mesurĂ©e ! Les EmployĂ©s JosĂ© Cabanis Toulouse 1922-Balma, Haute-Garonne 2000 AcadĂ©mie française 1990 Peut-ĂȘtre dans le domaine de la religion, comme dans celui de l'amour, est-il inĂ©vitable de recourir Ă  des termes vagues : tout y est vrai, pourvu qu'on y croie. Plaisir et lectures Gallimard Jean Calvin, de son vrai nom Cauvin Noyon, Oise, 1509-GenĂšve 1564 Si on nous apporte sous le titre de l'esprit quelque chose qui ne soit contenue en l'Évangile, ne le croyons pas. Institution de la religion chrĂ©tienne François RenĂ©, vicomte de Chateaubriand Saint-Malo 1768-Paris 1848 Je suis devenu chrĂ©tien [
] Ma conviction est sortie du cƓur ; j'ai pleurĂ© et j'ai cru. GĂ©nie du christianisme Sidonie Gabrielle Colette Saint-Sauveur-en-Puisaye, Yonne, 1873-Paris 1954 La bonne foi n'est pas une fleur spontanĂ©e, la modestie non plus. Ces plaisirs Ferenczi Philippe de Commynes, sire d'Argenton Renescure, prĂšs d'Hazebrouck ?, 1447-Argenton 1511 Tous les maux viennent de faute de foi. MĂ©moires Denis Diderot Langres 1713-Paris 1784 Si la raison est un don du Ciel et que l'on en puisse dire autant de la foi, le Ciel nous a fait deux prĂ©sents incompatibles et contradictoires. Addition aux PensĂ©es philosophiques Denis Diderot Langres 1713-Paris 1784 Tout Paris m'assurerait qu'un mort vient de ressusciter Ă  Passy, que je n'en croirais rien. Une seule dĂ©monstration me frappe plus que cinquante faits. PensĂ©es philosophiques RenĂ© Étiemble Mayenne 1909 Quand de toute ma bonne foi, j'estime qu'il se trompe, je dis au prince qu'il se trompe. Confucius Gallimard AndrĂ© Gide Paris 1869-Paris 1951 La foi soulĂšve des montagnes, oui : des montagnes d'absurditĂ©. Journal Gallimard AndrĂ© Gide Paris 1869-Paris 1951 La foi tout court remplace la bonne. Journal Gallimard AndrĂ© Gide Paris 1869-Paris 1951 La foi tout court remplace la bonne. Journal Gallimard Jules Huot de Goncourt Paris 1830-Paris 1870 et Edmond Huot de Goncourt Nancy 1822-Champrosay, Essonne, 1896 Les masques Ă  la longue collent Ă  la peau. L'hypocrisie finit par ĂȘtre de bonne foi. IdĂ©es et sensations FĂ©licitĂ© de La Mennais Saint-Malo 1782-Paris 1854 Au moment oĂč la foi sort du cƓur, la crĂ©dulitĂ© entre dans l'esprit. MĂ©langes religieux et philosophiques Paul LĂ©autaud Paris 1872-Robinson 1956 La seule foi qui me reste, et encore ! c'est la foi dans les Dictionnaires. Journal littĂ©raire Mercure de France Michel Eyquem de Montaigne chĂąteau de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1533-chĂąteau de Montaigne, aujourd'hui commune de Saint-Michel-de-Montaigne, Dordogne, 1592 C'est ici un livre de bonne foi, lecteur. Essais, Au lecteur Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 [
] À chaque pas que vous ferez dans ce chemin, vous verrez tant de certitude du gain, et tant de nĂ©ant de ce que vous hasardez, que vous connaĂźtrez Ă  la fin que vous avez pariĂ© pour une chose certaine, infinie, pour laquelle vous n'avez rien donnĂ©. PensĂ©es, 233 le chemin de la foi Commentaire C'est ici la fin du cĂ©lĂšbre fragment connu sous le titre d'Argument du pari. Chaque citation des PensĂ©es porte en rĂ©fĂ©rence un numĂ©ro. Celui-ci est le numĂ©ro que porte dans l'Ă©dition Brunschvicg — laquelle demeure aujourd'hui la plus gĂ©nĂ©ralement rĂ©pandue — le fragment d'oĂč la citation est tirĂ©e. Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 C'est le cƓur qui sent Dieu, et non la raison. VoilĂ  ce que c'est que la foi : Dieu sensible au cƓur, non Ă  la raison. PensĂ©es, 278 Commentaire Chaque citation des PensĂ©es porte en rĂ©fĂ©rence un numĂ©ro. Celui-ci est le numĂ©ro que porte dans l'Ă©dition Brunschvicg — laquelle demeure aujourd'hui la plus gĂ©nĂ©ralement rĂ©pandue — le fragment d'oĂč la citation est tirĂ©e. Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 Console-toi, tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais trouvĂ©. PensĂ©es, 553 Commentaire Chaque citation des PensĂ©es porte en rĂ©fĂ©rence un numĂ©ro. Celui-ci est le numĂ©ro que porte dans l'Ă©dition Brunschvicg — laquelle demeure aujourd'hui la plus gĂ©nĂ©ralement rĂ©pandue — le fragment d'oĂč la citation est tirĂ©e. Blaise Pascal Clermont, aujourd'hui Clermont-Ferrand, 1623-Paris 1662 Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hĂ©siter. PensĂ©es, 233 face, en jouant Ă  pile ou face Commentaire Chaque citation des PensĂ©es porte en rĂ©fĂ©rence un numĂ©ro. Celui-ci est le numĂ©ro que porte dans l'Ă©dition Brunschvicg — laquelle demeure aujourd'hui la plus gĂ©nĂ©ralement rĂ©pandue — le fragment d'oĂč la citation est tirĂ©e. Henri Petit 1900-1978 Les flammes de notre foi nous donnent l'Ă©chelle de la nuit. Ordonne ton amour Grasset Jacques PrĂ©vert Neuilly-sur-Seine 1900-Omonville-la-Petite, Manche, 1977 Les jeux de la Foi ne sont que cendres auprĂšs des feux de la Joie. Spectacle Gallimard Jacques PrĂ©vert Neuilly-sur-Seine 1900-Omonville-la-Petite, Manche, 1977 — Qu'est-ce que cela peut faire que je lutte pour la mauvaise cause puisque je suis de bonne foi ? — Et qu'est-ce que ça peut faire que je sois de mauvaise foi puisque c'est pour la bonne cause. Spectacle Gallimard Jacques PrĂ©vert Neuilly-sur-Seine 1900-Omonville-la-Petite, Manche, 1977 — Qu'est-ce que cela peut faire que je lutte pour la mauvaise cause puisque je suis de bonne foi ? — Et qu'est-ce que ça peut faire que je sois de mauvaise foi puisque c'est pour la bonne cause. Spectacle Gallimard Marcel Proust Paris 1871-Paris 1922 L'erreur est plus entĂȘtĂ©e que la foi et n'examine pas ses croyances. À la recherche du temps perdu, la PrisonniĂšre Gallimard Marcel Proust Paris 1871-Paris 1922 L'espĂ©rance est un acte de foi. Les Plaisirs et les Jours Gallimard Jean Racine La FertĂ©-Milon 1639-Paris 1699 La foi qui n'agit point, est-ce une foi sincĂšre ? Athalie, I, 1, Joad Ernest Renan TrĂ©guier 1823-Paris 1892 La foi qu'on a eue ne doit jamais ĂȘtre une chaĂźne. On est quitte envers elle quand on l'a soigneusement roulĂ©e dans le linceul de pourpre oĂč dorment les dieux morts. Souvenirs d'enfance et de jeunesse, II, PriĂšre sur l'Acropole LĂ©vy Nestor Roqueplan MontrĂ©al, Aude, 1804-Paris 1870 La mauvaise foi est l'Ăąme de la discussion. Nouvelles Ă  la main Jean Rostand Paris 1894-Ville-d'Avray 1977 AcadĂ©mie française, 1959 L'odieux de la mauvaise foi, c'est qu'elle finit par donner mauvaise conscience Ă  la bonne foi. Carnet d'un biologiste Stock Henri Beyle, dit Stendhal Grenoble 1783-Paris 1842 Prenez garde Ă  vous ; si vous continuez Ă  ĂȘtre de bonne foi, nous allons ĂȘtre d'accord. Racine et Shakespeare Isaac FĂ©lix, dit AndrĂ© SuarĂšs Marseille 1868-Saint-Maur-des-FossĂ©s 1948 L'hĂ©rĂ©sie est la vie de la religion. C'est la foi qui fait les hĂ©rĂ©tiques. PĂ©guy Émile-Paul Pierre Teilhard de Chardin Sarcenat, Puy-de-DĂŽme, 1881-New York 1955 La Foi a besoin de toute la VĂ©ritĂ©. L'Apparition de l'homme Le Seuil François Villon Paris 1431-aprĂšs 1463 En cette foi je veux vivre et mourir. Testament, Ballade que Villon fit Ă  la requĂȘte de sa mĂšre pour prier Notre-Dame Anonyme Foi carthaginoise. Punica fides. mauvaise foi saint Augustin Tagaste, aujourd'hui Souq Ahras, 354-Hippone 430 Crois et tu comprendras ; la foi prĂ©cĂšde, l'intelligence suit. Si non potes intelligere, crede ut intelligas. Praecedit fides, sequitur intellectus. Sermons, 118, 1 Bible Ainsi en est-il de la foi : si elle n'a pas les Ɠuvres, elle est tout Ă  fait morte. ÉpĂźtre catholique de saint Jacques, II, 17 Bible Bref, la foi, l'espĂ©rance et la charitĂ© demeurent toutes les trois, mais la plus grande d'entre elles, c'est la charitĂ©. Saint Paul, ÉpĂźtre aux Corinthiens, Ire, XIII, 13 Bible Car je vous le dis en vĂ©ritĂ©, si vous avez de la foi gros comme un grain de sĂ©nevĂ©, vous direz Ă  cette montagne : « DĂ©place-toi d'ici Ă  lĂ  », et elle se dĂ©placera, et rien ne vous sera impossible. Évangile selon saint Matthieu, XVII, 20 Talmud Tromper la bonne foi d'autrui est pire que de le lĂ©ser. Talmud, Baba Metzia, 58b Thomas Browne Londres 1605-Norwich 1682 Ne croire que ce qui est possible, ce n'est pas foi, mais simple philosophie. To believe only possibilities is not faith, but mere philosophy. Religio Medici, I, 9 Machiavel, en italien Niccolo Machiavelli Florence 1469-Florence 1527 Le sage seigneur ne peut garder sa foi, ni ne le doit, si cette observance se tourne contre lui, et que les causes qui l'ont induit Ă  promettre soient Ă©teintes. Non puĂČ uno signore prudente, nĂ© debbe, osservare la fede, quando tale osservanzia li torni contro e che sono spente le cagioni che la feciono promettere. Le Prince, XVIII Miguel de Unamuno y Jugo Bilbao 1864-Salamanque 1936 La vie est doute, et la foi sans le doute n'est autre que la mort. La vida es duda, y la fe sin la duda es solo muerte. Salmo, II ● foi (difficultĂ©s) nom fĂ©minin (latin fides) Orthographe Bien distinguer ces trois homonymes. 1. Foi n.f. = confiance ; croyance. La foi en la parole donnĂ©e ; avoir la foi. Sans e, bien qu'il s'agisse d'un nom fĂ©minin. 2. Foie n.m. = organe. Maladie du foie ; du foie de veau. Avec un e, bien qu'il s'agisse d'un nom masculin. 3. Fois n.f. = occasion, cas. C'est bon pour cette fois; c'est la fois oĂč il est venu avec sa fiancĂ©e. Avec un s, mĂȘme au singulier. ● foi (expressions) nom fĂ©minin (latin fides) Bonne foi, mauvaise foi, Ă©tat d'esprit de quelqu'un de sincĂšre, loyal, ou, au contraire, de celui qui, affirmant qu'il est sincĂšre, sait qu'il dit une chose fausse, qu'il viole une rĂšgle : Je peux vous prouver ma bonne foi. Acte de foi, pensĂ©e, parole ou acte qui exprime l'adhĂ©sion Ă  une religion ou Ă  une idĂ©e. Ajouter, accorder foi Ă  quelque chose, le tenir pour assurĂ©, pour vrai. Digne de foi, en qui on peut avoir confiance ; que l'on juge vrai, authentique : TĂ©moin digne de foi. En foi de quoi, en se fondant sur ce qui vient d'ĂȘtre rapportĂ© ; formule qui prĂ©cĂšde les signatures apposĂ©es au bas de certains actes. En toute bonne foi, sincĂšrement. Faire foi, avoir une valeur incontestable et pouvoir servir de preuve : C'est le cachet de la poste qui fait foi. LittĂ©raire. Foi de, formule par laquelle on jure, on donne sa parole : Foi d'honnĂȘte homme. Foi du charbonnier, croyance aveugle et irrĂ©flĂ©chie. LittĂ©raire. Foi jurĂ©e, serment. Il n'y a que la foi qui sauve, se dit ironiquement de ceux qui font confiance aveuglĂ©ment Ă  quelqu'un ou Ă  quelque chose. Ma foi !, formule banale pour appuyer une affirmation ou une nĂ©gation : C'est ma foi vrai ! N'avoir ni foi ni loi, n'avoir ni religion ni morale ; agir de façon malhonnĂȘte. Par ma foi, sur ma foi, formules pour attester la vĂ©racitĂ©, l'authenticitĂ© de ce qu'on affirme. Profession de foi, dĂ©claration publique que quelqu'un fait de ses opinions, de ses principes. Sous la foi du serment, en appuyant ses dĂ©clarations d'un serment. Sur la foi de, en vertu de la confiance qui est accordĂ©e Ă  quelqu'un, Ă  quelque chose ; en se fondant sur le tĂ©moignage de quelqu'un. Bonne foi, respect d'une obligation de loyautĂ© par les contractants dans l'exĂ©cution d'une convention, d'un traitĂ©. Possession de bonne foi, fait pour le possesseur de croire ĂȘtre titulaire du droit qu'il exerce. (La bonne foi se prĂ©sume, c'est Ă  celui qui allĂšgue la mauvaise foi de la prouver.) Homme de foi, vassal. Ligne de foi, trait indiquant l'axe du navire sur un compas de route. Ligne de foi, droite de rĂ©fĂ©rence suivant laquelle on aligne un instrument. Mauvaise foi, pour Sartre, attitude de la conscience qui manifeste sa nĂ©gativitĂ© en refusant d'assumer ce qui se prĂ©sente comme l'expression possible de sa libertĂ©. Profession de foi, renouvellement des promesses du baptĂȘme qu'un enfant catholique fait ordinairement vers 12 ans. ● foi (homonymes) nom fĂ©minin (latin fides) foie nom masculin fois nom fĂ©minin ● foi (synonymes) nom fĂ©minin (latin fides) AdhĂ©sion totale de l'homme Ă  un idĂ©al qui le dĂ©passe...
Synonymes :
Contraires :
- athéisme
- incrédulité
Toute adhésion ferme et fervente de l'esprit à quelque chose
Synonymes :
Droit. Bonne foi
Synonymes :
- honnĂȘtetĂ©
- sincérité
Philosophie. Mauvaise foi
Synonymes :
- déloyauté
- fausseté

foi
n. f.
rI./r
d1./d Litt. Assurance de tenir ce qu'on a promis. Engager sa foi.
|| Loc. Ma foi: assurément, certes.
d2./d Cour. Bonne foi: sincĂ©ritĂ©, droiture dans la maniĂšre d'agir, fondĂ©e sur la certitude d'ĂȘtre dans son bon droit (opposĂ© Ă  mauvaise foi).
rII./r Croyance, confiance. Avoir foi en qqn.
|| Sous la foi du serment: sous la garantie du serment.
|| Faire foi: administrer la preuve, témoigner. Cet acte fait foi de nos conventions. Le cachet de la poste faisant foi.
rIII/r
d1./d THEOL CHRET Adhésion ferme de l'esprit à une vérité révélée. La foi est la premiÚre des trois vertus théologales.
d2./d Objet de la foi, religion. Mourir pour sa foi.
|| Par ext. Ensemble des principes, des idées auxquelles on adhÚre. La foi républicaine.
rIV./r TECH Ligne de foi: axe d'une lunette, passant par le centre optique de l'objectif et le point de croisée des fils du réticule; trait tracé dans la cuvette d'un compas et parallÚle à l'axe longitudinal du navire ou de l'aéronef.

⇒FOI, subst. fĂ©m.
A.— [L'idĂ©e dominante est celle d'engagement] Vieilli ou dans des loc.
1. Assurance donnĂ©e de tenir un engagement. Violer, trahir sa foi; ĂȘtre fidĂšle Ă  la foi donnĂ©e. Être prisonnier sur sa foi (Ac.).
♩ FÉOD. Foi et hommage. ,,Acte symbolique par lequel le vassal promettait fidĂ©litĂ© Ă  son suzerain`` (LEP. 1948). Faire, jurer foi et hommage. Notre grand-mĂšre achĂšte, avec tous ses droits fĂ©odaux, la seigneurie de Goncourt; prĂȘte, pour cette seigneurie, foi et hommage Ă  Louis XVI (GONCOURT, Journal, 1861, p. 907). Homme de foi. ,,Le vassal qui doit, qui a rendu foi et hommage au seigneur dont il relĂšve`` (Ac.).
— Foi conjugale. Promesse de fidĂ©litĂ© que le mari et la femme se font mutuellement au moment du mariage. J'ai trahi la foi conjugale, que j'avais jurĂ©e Ă  don JosĂ©, mon mari (MÉRIMÉE, Jacquerie, 1828, p. 363) :
‱ 1. De son cĂŽtĂ©, Montriveau, tout heureux d'obtenir la plus vague des promesses, et d'Ă©carter Ă  jamais les objections qu'une Ă©pouse puise dans la foi conjugale pour se refuser Ă  l'amour, s'applaudissait d'avoir conquis encore un peu plus de terrain.
BALZAC, Langeais, 1834, p. 265.
— Jurer sa foi, sur sa foi, par sa foi. Affirmer sous serment. Menteur! il m'a jurĂ© sa foi, et il y avait des tĂ©moins (AYMÉ, Vogue, 1944, p. 69). Ma foi, par ma foi, sur ma foi, foi de (gentilhomme, honnĂȘte homme, etc.). Je le jure, j'en donne ma parole. Tiens, vois-tu, maintenant, foi d'homme, je suis fĂąchĂ© de t'avoir battue (SUE, Myst. Paris, t. 1, 1842, p. 64). ClĂ©opĂątre fut moins aimĂ©e, oui, sur ma foi! (VERLAINE, ƒuvres compl., t. 1, FĂȘtes gal., 1869, p. 93).
♩ Loc. interjective, fam. Ma foi. [Pour appuyer, assurer une affirmation, une nĂ©gation; parfois avec une idĂ©e de concession, voire de doute] Ma foi oui! ma foi non! ma foi! je n'en sais rien. Et ma, foi! je suis allĂ© au bal (HALÉVY, AbbĂ© Const., 1882, p. 22) :
‱ 2. Le brave homme passait son temps (...) Ă  soigner, Ă©laguer une magnifique collection de rosiers (...) et ma foi! vous conviendrez bien que pour un pauvre petit cƓur affamĂ© d'idĂ©al il n'y avait pas lĂ  une pĂąture suffisante.
A. DAUDET, Femmes d'artistes, 1874, p. 46.
2. a) Assurance, garantie rĂ©sultant d'un engagement. Promettre qqc. sous la foi du serment. Ces Gaulois (...) sont des barbares cruels (...). Au mĂ©pris de la foi jurĂ©e, ils offensent la majestĂ© de Rome et de la Paix (FRANCE, Clio, 1900, p. 96). Les liens qui consacraient cette union devaient ĂȘtre d'autant plus inviolables qu'ainsi l'exigeait la foi jurĂ©e des traitĂ©s (Recueils textes hist., 1906, p. 99). La foi jurĂ©e, le mariage qu'il y a entre elle et moi, je l'ai respectĂ© (CLAUDEL, Annonce, 1948, IV, 2, p. 209) :
‱ 3. Quand vous vous prĂ©senterez devant la Cour suprĂȘme, ce dont vous aurez besoin, ce n'est pas d'une vĂ©ritĂ© que personne ne croira, c'est d'une bonne dĂ©claration sous la foi du serment, d'une dĂ©claration qu'aucun tribunal ne puisse contester.
CAMUS, Requiem, 1956, p. 850.
— Loc. verb. Faire foi. Porter tĂ©moignage. Cette lettre fait foi qu'il est arrivĂ©; ces papiers ne peuvent faire foi contre lui (Ac.) :
‱ 4. Quand les balles m'arrivent en face, monsieur le comte (montrant sa blessure Ă  la joue), voilĂ  qui fait foi que je ne dĂ©tourne pas la tĂȘte pour les Ă©viter...
DUMAS pĂšre, Henri III, 1829, II, 4, p. 154.
— Loc. prĂ©p.
♩ Sur la foi de. En se fiant, en croyant Ă . Je rentre chez moi, toujours poursuivi par l'idĂ©e de Roset; je me refais beau en pensant Ă  Reine, et je repars pour Maygremine, sur la foi d'une Ă©claircie (ARÈNE, Figues, 1870, p. 132). Il vint donc ce Maurice, que j'admirais en aveugle sur la foi de l'amitiĂ© que lui portait mon frĂšre (COLETTE, Mais. Cl., 1922, p. 164) :
‱ 5. Si le peintre ne laissait rien de lui-mĂȘme, et qu'on fĂ»t obligĂ© de le juger, comme l'acteur, sur la foi des gens de son temps, combien les rĂ©putations seraient diffĂ©rentes de ce que la postĂ©ritĂ© les fait.
DELACROIX, Journal, 1847, p. 173.
♩ En foi de quoi (formule utilisĂ©e au bas de certains actes administratifs). En se fondant sur ce qui vient d'ĂȘtre lu. En foi de quoi j'ai signĂ© le prĂ©sent certificat (DG).
b) SpĂ©c. FidĂ©litĂ© aux exigences de l'honnĂȘtetĂ©. S'en remettre Ă  la foi de qqn (Ac.).
— En partic.
) Bonne foi. Qualité d'une personne qui a la conviction de se comporter loyalement. Protester de sa bonne foi, s'en remettre à la bonne foi de qqn. Il a mis une parfaite bonne foi dans toute cette affaire; tout homme de bonne foi conviendra que... (Ac.) :
‱ 6. Avec l'enfantine bonne foi du savant, le pasteur avait fait des plis aux pages oĂč Jean Wier rapportait des preuves authentiques qui prouvaient la possibilitĂ© des Ă©vĂ©nements arrivĂ©s la veille...
BALZAC, SĂ©raphita, 1835, p. 304.
De bonne foi; ĂȘtre, agir de bonne foi. S'il y a au contraire conspiration et pĂ©ril, je pourrai faire ouvrir les yeux aux hommes de bonne foi (CHATEAUBR., MĂ©l. pol., 1816-24, p. 178) :
‱ 7. Par une singuliĂšre coĂŻncidence, cette dame passait sa vie Ă  avoir la migraine, et comme on prononçait son nom Mal-TĂȘte, je croyais de bonne foi que c'Ă©tait un sobriquet qu'on lui avait donnĂ© Ă  cause de sa maladie et de ses plaintes continuelles.
SAND, Hist. vie, t. 2, 1855, p. 322.
En bonne foi, en toute bonne foi. Quand il a Ă©tĂ© portĂ© Ă  l'ÉlysĂ©e, — si quelqu'un Ă©tait venu lui dire :« Vous voulez mener la France Ă  la guerre », il aurait bondi d'indignation, en toute bonne foi (MARTIN DU G., Thib., ÉtĂ© 14, 1936, p. 135).
♩ DR. ,,État d'esprit consistant Ă  croire par erreur que l'on agit conformĂ©ment au droit et dont la loi tient compte pour protĂ©ger l'intĂ©ressĂ© contre les consĂ©quences de l'irrĂ©gularitĂ© de l'acte`` (CAP. 1936). Possesseur de bonne foi. Le paiement fait de bonne foi Ă  celui qui est en possession de la crĂ©ance, est valable, encore que le possesseur en soit par la suite Ă©vincĂ© (Code civil, 1804, art. 1240, p. 223). Je vous conseille donc de transiger avec monsieur Gobseck, qui peut exciper de sa bonne foi (BALZAC, Gobseck, 1830, p. 418).
) Mauvaise foi. Absence de sincĂ©ritĂ©, de franchise, de loyautĂ© dans les intentions, dans la maniĂšre d'agir. Être de mauvaise foi. Une histoire altĂ©rĂ©e par l'ignorance ou la mauvaise foi; c'est mauvaise foi de votre part (Ac.). Et ma mĂšre se plaignait, non sans mauvaise foi : — Grands dieux! Minet-ChĂ©ri, tu ne vas pas me traĂźner au Supplice d'une femme? (COLETTE, Mais. Cl., 1922, p. 131) :
‱ 8. Ce n'est pas tout de mentir. On doit mentir efficacement. On doit mentir aussi Ă©lĂ©gamment. HĂ©las, que d'obligations imposĂ©es aux pauvres mortels! Il faut ĂȘtre dans la mauvaise foi comme un poisson dans l'eau.
MONTHERL., Reine morte, 1942, II, 1er tabl., 1, p. 167.
♩ DR. ,,Connaissance par une personne du mal fondĂ© de sa prĂ©tention, du caractĂšre dĂ©lictueux ou quasi dĂ©lictueux de son acte ou des vices de son titre`` (CAP. 1936). Possesseur de mauvaise foi, plaideur de mauvaise foi. La bonne foi est toujours prĂ©sumĂ©e, et c'est Ă  celui qui allĂšgue la mauvaise foi Ă  la prouver (Code civil, 1804, art. 2268, p. 414).
B.— [L'idĂ©e dominante est celle d'assentiment]
1. a) Confiance assurée en quelqu'un ou en quelque chose. Mettre toute sa foi en/dans qqc. :
‱ 9. ... il Ă©tait merveilleux, ce petit homme brun Ă  moustache cirĂ©e de sous-lieutenant, quand il parlait de rĂ©veiller par le sifflet de ses machines Ă  vapeur les taureaux ailĂ©s du palais de Sargon. NapolĂ©onien encore par sa foi en son Ă©toile, par un optimisme communicatif et par la profonde possession de cette idĂ©e qu'on ne perd dĂ©finitivement une affaire que quand on la croit perdue.
FRANCE, Vie fleur, 1922, p. 515.
♩ Loc. verb. Avoir foi en/dans qqn, qqc.; avoir foi dans le tĂ©moignage de qqn; avoir foi dans le progrĂšs, en son Ă©toile, en l'avenir, dans sa chance. Les soldats avaient foi en leur gĂ©nĂ©ral; avoir foi dans son mĂ©decin (DG) :
‱ 10. ... Pour que mes victimes
Eussent foi dans ma loyauté,
J'abritais mes pensers intimes
DerriÚre ma loquacité.
ROLLINAT, NĂ©vroses, 1883, p. 286.
Rem. On relĂšve dans la docum. la constr. vieillie avoir foi Ă  qqc. : J'avais foi aux paroles de mon pĂšre comme Ă  un oracle, et les incertitudes qui sont malheureusement dans mon caractĂšre cessaient toujours dĂšs qu'il avait parlĂ© (STAËL, Corinne, t. 2, 1807, p. 253).
— TECHNOL. Ligne de foi. Ligne qui sert de repĂšre visuel dans un instrument. La ligne de visĂ©e [dans le canon de 75] est formĂ©e par un collimateur, dont les lignes de foi, l'une horizontale, l'autre verticale, sont tracĂ©es en croix sur (...) fond noir (PALOQUE, Artill., 1909, p. 168).
b) En partic. Confiance. Un homme, un témoignage digne de foi; accorder une foi pleine et entiÚre à qqn, à qqc. On apprend de source digne de foi que... (Le Monde, 19 janv. 1952, p. 2, col. 1).
♩ Ajouter foi, prĂȘter foi Ă  qqc. Y croire. Il ne faut pas un grand effort d'imagination pour ajouter foi Ă  la lĂ©gende qui raconte que ce crucifix miraculeux saigne tous les vendredis (GAUTIER, Tra los montes, 1843, p. 51). Faut-il, aprĂšs cela, ajouter foi aux insinuations et aux accusations de Jean-Jacques (GUÉHENNO, Jean-Jacques, 1950, p. 194).
2. Adhésion ferme et entiÚre de l'esprit à quelque chose; en partic., croyance assurée à la vérité de quelque chose. Foi politique, philosophique, religieuse; ardeur d'une foi démocratique, patriotique. Quand la foi positive aura prévalu, le temps viendra de composer un nouveau catéchisme (COMTE, Catéch. posit., 1852, p. 286). Je m'engage à te rendre la foi absolue dans la révolution et à la lui donner, à lui aussi (BOURGET, Actes suivent, 1926, p. 149). L'antisémite a choisi la haine parce que la haine est une foi (SARTRE, Réflex. quest. juive, 1946, p. 23) :
‱ 11. ... il n'est pas de provincial quelque peu leste qui, de nos jours, ne se fasse un genre de n'avoir aucune foi politique et de ne pas se laisser prendre Ă  la probitĂ© des gouvernants.
RENAN, Avenir sc., 1890, p. 436.
♩ (Avoir) foi en/dans; avoir foi en l'immortalitĂ©, dans l'au-delà :
‱ 12. La foi dans la rĂ©surrection peut seule recomposer dans la transfiguration de la lumiĂšre (Paul) ou de la matiĂšre (Augustin) l'unitĂ© existentielle de l'homme, son composĂ© d'Ăąme et de corps.
J. VUILLEMIN, Essai signif. mort, 1949, p. 259.
— SpĂ©cialement :
) Croyance aux dogmes de la religion. Foi fervente, robuste; acte de foi; avoir, perdre la foi; il n'y a que la foi qui sauve; la foi est un don de Dieu; la foi, avec l'espĂ©rance et la charitĂ©, est une des trois vertus thĂ©ologales. La doctrine luthĂ©rienne de la foi justifiante et de la certitude du salut implique la nĂ©gation des sacrements (ThĂ©ol. cath. t. 14, 1, 1938, p. 560). Ce pauvre Lazare Ă©tait pourtant un solide compagnon. Il avait la foi qui dĂ©place les montagnes (AYMÉ, Vogue, 1944, p. 153) :
‱ 13. ... il Ă©tait homme de peu de foi; mais il avait Ă  certaines heures des retours attendris vers la religion et des poussĂ©es mystiques.
FRANCE, GĂ©nie lat., 1909, p. 287.
‱ 14. ... la foi n'est pas seulement un acte de l'intelligence, une conviction, mais un acte de la sensibilitĂ© et de la volontĂ©, un sentiment de confiance, un dĂ©sir de soumission.
MARTIN DU G., J. Barois, 1913, p. 540.
♩ Foi du charbonnier. Foi d'un homme simple, qui exclut tout raisonnement. P. anal. C'est impossible de penser ce qu'on ne pense pas, de vouloir ce qu'on ne veut pas; pour faire un bon militant, il faut la foi du charbonnier, je ne l'ai pas (BEAUVOIR, Mandarins, 1954, p. 224).
) P. mĂ©ton. L'objet de cette croyance. PrĂ©dication, propagation de la foi; article de foi; les ennemis de la foi; pĂ©chĂ©s contre la foi; abjurer sa foi, renoncer Ă  la foi, renier la foi de ses pĂšres; mourir pour la foi. La foi chrĂ©tienne n'est pas Ă©videmment croyable (ThĂ©ol. cath. t. 4, 1 1920, p. 842). La tradition est la rĂšgle suprĂȘme de la foi! mais qu'est-ce que la tradition? et oĂč pouvons-nous la consulter? (Boegner ds Foi et vie, 1936, p. 108). La foi chrĂ©tienne a toujours impliquĂ© un certain Ă©lĂ©ment, spĂ©cifique et essentiel, d'obscuritĂ© (MARROU, Connaiss. hist., 1954, p. 144) :
‱ 15. Comment ne pas mourir de honte quand on pense que c'est Ă  nous qu'est confiĂ© le dĂ©pĂŽt de la foi chrĂ©tienne et que c'est Ă  nous de le transmettre?
GREEN, Journal, 1949, p. 315.
♩ Profession de foi. ,,Exposition des dogmes ou principes que l'on tient pour orthodoxes`` (LITTRÉ); dĂ©claration publique de sa foi. Je vous ai dĂ©crit (...) les rites d'une profession de foi Ă  Solesmes (P. LALO, Mus., 1899, p. 476) :
‱ 16. L'unitĂ© de Dieu le PĂšre tout-puissant, crĂ©ateur du ciel et de la terre, de toutes les choses visibles et invisibles est encore Ă©noncĂ©e dans la profession de foi que Pie IV rĂ©digea Ă  la demande du concile de Trente.
Théol. cath. t. 4, 1, 1920, p. 1298.
P. anal. Il avait écrit une profession de foi républicaine d'un style superbe (ZOLA, E. Rougon, 1876, p. 75). On pourrait croire qu'il s'agit ici d'une simple profession de foi philosophique (VUILLEMIN, Essai signif. mort, 1949, p. 198).
— Expr. N'avoir ni foi ni loi. Être sans religion et sans morale. Eh! bien, mon bon monsieur Rivet, lui dit-elle [Bette] (...) vous aviez raison, les Polonais (...) tous gens sans foi ni loi (BALZAC, Cous. Bette, 1846, p. 104). Croire une chose comme un article de foi. La croire fermement. Ce n'est pas un article de foi. C'est une chose qui ne mĂ©rite pas ou qui ne paraĂźt pas mĂ©riter de crĂ©ance (d'apr. Ac.).
REM. 1. Foi-mentie, subst. fĂ©m. Rupture du serment de fidĂ©litĂ© liant le vassal Ă  son suzerain; p. ext. infidĂ©litĂ© aux engagements. Trois fois on demandoit le nom du dĂ©gradĂ©, trois fois le hĂ©raut d'armes rĂ©pondoit qu'il ignoroit ce nom et n'avoit devant lui qu'une foi-mentie (CHATEAUBR., Ét. disc. hist., t. 3, 1831, p. 408). 2. Foimentir, verbe intrans. Manquer Ă  sa parole, Ă  ses engagements. C'est (...) la traditionnelle recommandation de spolier et de foimentir, anciennement notifiĂ©e aux six mille HĂ©breux de l'Exode qui s'en allĂšrent d'Égypte chargĂ©s de trĂ©sors empruntĂ©s pour ne pas les rendre, aidĂ©s en cela par le Seigneur mĂȘme qui les protĂ©gea dans leur fuite (BLOY, Salut par Juifs, 1892, p. 184).
Prononc. et Orth. :[fwa]. Ds Ac. 1740-1932. Homon. foie, fois. Étymol. et Hist. 1. Ca 1050 feit « fait de croire en Dieu » (Alexis, Ă©d. Chr. Storey, 2 : Quer feit i ert e justice ed amur); 1539 [Ă©d.] « le dogme lui-mĂȘme; la religion » la vraye Foy Chrestienne (CALVIN, Institution chrĂ©tienne, Ă©d. J. D. Benoit, livre 3, chap. 2, § 6, note b); 1632 article de foi (CORNEILLE, La Veuve, acte I, sc. 2, 132); p. anal. 1817 « toute adhĂ©sion de l'esprit ferme Ă  une chose rĂ©vĂ©rĂ©e comme un culte » (STAËL, Consid. RĂ©vol. fr., t. 2, p. 245); 2. a) ca 1100 « assurance donnĂ©e d'ĂȘtre fidĂšle Ă  une parole, Ă  une promesse... » (Roland, Ă©d. J. BĂ©dier, 403); 1181-86 « fidĂ©litĂ© aux principes, Ă  la parole donnĂ©e; loyauté » bone fois (GACE BRULÉ, Chansons, Ă©d. H. P. Dyggve, XI, 5); 1283 male foi (PH. DE BEAUMANOIR, Coutumes Beauvaisis, Ă©d. A. Salmon, § 613); b) ca 1265 « vĂ©racitĂ© (d'une parole, de qqc.) » (BRUNET LATIN, TrĂ©sor, Ă©d. Fr. J. Carmody, livre I, chap. 4, p. 21); 3. 1180-91 « confiance qu'inspire la parole d'autrui » ici « lien de confiance rĂ©ciproque » (CHR. DE TROYES, Perceval, Ă©d. F. Lecoy, 8853); 1551 [Ă©d.] « entiĂšre confiance que l'on met en quelqu'un, quelque chose » adjouter foy (CALVIN, op. cit., livre I, chap. VIII, § 3). Du lat. class. fides « foi, confiance; ce qui produit la confiance, bonne foi, loyautĂ©; promesse, parole donnĂ©e »; lat. chrĂ©t. « confiance en Dieu ». FrĂ©q. abs. littĂ©r. :12 362. FrĂ©q. rel. littĂ©r. :XIXe s. : a) 19 923, b) 15 805; XXe s. : a) 18 482, b) 15 987. Bbg. ARICKX (I.). Les OrthoĂ©pistes sur la sellette. Trav. Ling. Gand. 1972, n° 3, p. 130. — GELINEAU (J.). Él. de rĂ©flexions sur Foi et langage. Foi Lang. 1977, n° 2, pp. 84-89. — QUEM. DDL t. 2, 6.

foi [fwa] n. f.
ÉTYM. Xe, fied; feid, v. 1050, au sens religieux II., B., encore au XIIe; feit, fei, XIIe; du lat. fides « confiance, croyance, loyautĂ© ». → FĂ©al, fidĂšle.
❖
———
I (Sens objectif).
1 (1080, Chanson de Roland). Assurance donnĂ©e (par qqn) d'ĂȘtre fidĂšle Ă  sa parole, d'accomplir exactement une promesse. ⇒ Engagement, parole, promesse, serment. || Se fier Ă  la foi d'autrui (→ AllĂ©guer, cit. 6; exemple, cit. 6). || Donner, engager, jurer sa foi de
 (et inf.).
1 (
) je t'engage ma foi
De ne respirer pas un moment aprĂšs toi.
Corneille, le Cid, III, 4.
2 La foi d'un ennemi doit ĂȘtre un peu suspecte (
)
Racine, Alexandre, III, 4.
3 Oui, je vous ai promis et j'ai donné ma foi
De n'oublier jamais tout ce que vous doi(s);
J'ai juré que mes soins, ma juste complaisance
Vous répondront toujours de ma reconnaissance.
Racine, Bajazet, III, 5.
4 Va lui jurer la foi que tu m'avais jurĂ©e (
)
Racine, Andromaque, IV, 5.
5 (
) manquant Ă  la foi qu'elle avait donnĂ©e Ă  mon pĂšre ?
Fénelon, Télémaque, VI.
5.1 La foi — cette volontĂ© de faire que quelque chose soit vrai, et donc identique Ă  la volontĂ© du faux.
Valéry, Cahiers, t. II, Pl., p. 591.
♩ SpĂ©cialt. Engagement pris envers une personne qu'on aime, qu'on doit Ă©pouser (→ Assujettir, cit. 11; cƓur, cit. 48; engagement, cit. 7; engager, cit. 4 et 14). || Violer sa foi. ⇒ Parjure, perfide (→ Cocu, cit. 1).
♩ FĂ©od. || Foi, foi et hommage : serment de fidĂ©litĂ© que le vassal prĂȘtait entre les mains du seigneur. || Jurer foi et hommage. — Par ext. CĂ©rĂ©monie symbolique au cours de laquelle le vassal se liait au seigneur (→ Aveu, cit. 1; avouer, cit. 1).
♩ Blason. Figure du blason reprĂ©sentant deux mains jointes en signe d'alliance.
âžȘ tableau Termes de blason.
♩ Foi conjugale : la promesse de fidĂ©litĂ© que les Ă©poux se font mutuellement au moment du mariage. || Violer la foi conjugale.
♩ ☑ Loc. Vx. Jurer sa foi : affirmer par serment. || Être fidĂšle Ă  la foi jurĂ©e (dans le contexte fĂ©odal ⇒ FĂ©al, cit. 1 et 2). — Jurer, assurer sur sa foi, par sa foi.
♩ (Formules d'assertion). Vx. ☑ Par ma foi (→ Bas, cit. 48), sur ma foi (→ Cabinet, cit. 12). ☑ Foi de gentilhomme, foi d'honnĂȘte homme (→ AoĂ»t, cit. 2).
♩ ☑ Mod. Ma foi (en tĂȘte de phrase ou en incise) : certes, en effet (→ Altesse, cit. 2; approche, cit. 8; avenir, cit. 5; Ă©goĂŻsme, cit. 3). || Ma foi oui; ma foi non. || Ma foi, vous avez raison. || C'est ma foi vrai. → Ma parole; mais (c'est vrai).
5.2 J'ai été mis au courant par des parents à moi, qui ont joué ici, et qui, ma foi ! ont gagné des sommes considérables.
Zola, Rome, p. 309.
♩ RĂ©gional (dans le Midi de la France). Exprimant l'ignorance, le doute. || OĂč as-tu mis mon stylo ? — Ma foi
 || Tu le crois, toi ? — Ma foi

âžȘ tableau Principales interjections.
2 Vx ou dans des expressions. Garantie rĂ©sultant d'un serment, d'une promesse. || La foi des traitĂ©s. — Mod. || Sous la foi du serment.
6 Il veut que d'un festin la pompe et l'allégresse
Confirment Ă  leurs yeux la foi de nos serments.
Racine, Britannicus, V, 1.
♩ ☑ Sur la foi de (qqn ou de qqch.). || Sur la foi des traitĂ©s : sur la confiance qu'inspirent les stipulations d'un traitĂ©, d'une convention. || Il se reposait sur la foi des engagements, des serments (AcadĂ©mie). — Sur la foi des tĂ©moins, en se fondant sur leur tĂ©moignage, sur leurs dĂ©clarations. ⇒ TĂ©moignage. || Croire quelque chose sur la foi de quelqu'un, en lui accordant crĂ©ance. ⇒ AutoritĂ©, crĂ©ance.
7 Certainement nous ferions difficultĂ© de croire ces choses sur la foi d'autrui (
)
Guez de Balzac, ƒuvres, Livre II, Lettre 1, in LittrĂ©.
8 Mais sur la foi d'un songe,
Dans le sang d'un enfant voulez-vous qu'on se plonge ?
Racine, Athalie, II, 5.
9 Un roi dont la grandeur Ă©clipsa ses ancĂȘtres
Crut pourtant, sur la foi d'un confesseur normand,
Jansénius à craindre et Quesnel important.
Voltaire, Loi naturelle, IV, in Littré.
10 Ainsi, dis-je, pendant que sur votre foi, monsieur, j'allais chercher dans le fond de la Sicile le manuscrit du clerc Toutmouillé, ce manuscrit était exposé dans une vitrine de la rue Laffitte, à quinze cents mÚtres de chez moi !
France, le Crime de S. Bonnard, ƒ., t. II, p. 321.
♩ ☑ Faire foi (sujet n. de chose) : dĂ©montrer la vĂ©racitĂ©, porter tĂ©moignage, donner force probante. ⇒ Prouver, tĂ©moigner. || L'acte authentique (cit. 3) fait foi de la convention (⇒ AuthenticitĂ©). || Les copies (cit. 3) du titre original peuvent faire foi dans certaines conditions. || J'ai bien reçu votre lettre Ă  la date indiquĂ©e, le cachet de la poste en fait foi.
11 De cette vĂ©ritĂ© deux fables feront foi (
)
La Fontaine, Fables, II, 12.
12 Les histoires grecques font foi que cette philosophie venait d'Orient.
Bossuet, Hist., II, 5, in Littré.
♩ ☑ Dr. En foi de quoi : en se fondant sur ce qu'on vient de rapporter. Formule dont on use, dans le langage des certificats, pour attester quelque chose. || En foi de quoi, j'ai signĂ© le prĂ©sent certificat.
3 Vx. Fidélité à un engagement donné, exactitude à tenir parole.
♩ Vx. FidĂ©litĂ© Ă  quelqu'un.
13 Aucun de tes amis ne t'a manquĂ© de foi (
)
Corneille, Cinna, III, 4.
♩ Par ext. (vieilli). FidĂ©litĂ© aux lois de la sincĂ©ritĂ©, de l'honnĂȘtetĂ©. ⇒ Conscience, honneur, loyautĂ©, probitĂ©, sincĂ©ritĂ©. || S'en remettre Ă  la foi de quelqu'un.
14 La paix est fort bonne de soi, J'en conviens; mais de quoi sert-elle Avec des ennemis sans foi ?
La Fontaine, Fables, III, 13.
♩ ☑ (Fin XIIe). Mod. Bonne foi : qualitĂ© d'une personne qui parle, agit avec une intention droite, avec la conviction d'obĂ©ir Ă  sa conscience, d'ĂȘtre fidĂšle Ă  ses obligations. ⇒ Droiture, franchise, honnĂȘtetĂ©, loyautĂ©, sincĂ©ritĂ© (→ BarriĂšre, cit. 11; combattre, cit. 15; compte, cit. 12; dĂ©voiler, cit. 1; enfant, cit. 4; fasciner, cit. 6). || Accent de vĂ©ritĂ© qui montre la bonne foi. || Bonne foi naĂŻve (⇒ NaĂŻvetĂ©; → Faute, cit. 19). || Surprendre la bonne foi, abuser de la bonne foi de quelqu'un (→ Bon, cit. 79). || Il est de bonne foi, d'une bonne foi Ă©vidente. — ☑ De bonne foi, en (toute) bonne foi, loc. adv. || Agir, procĂ©der de bonne foi. ⇒ Conscience (en toute); bonnement, sincĂšrement (→ Avec, cit. 36; exalter, cit. 25). || Croire qqch. de bonne foi (→ Attaque, cit. 5). || En bonne foi (vieilli), ou (mod.) en toute bonne foi, je crois, je soutiens que
 (→ Épargnant, cit. 1). || En bonne foi, de bonne foi, le croyez-vous ?
15 Je l'Ă©crivis de bonne foi et sans aucun dessein de la tromper; mais je fus bien loin de tenir ma promesse.
A. de Musset, Confession d'un enfant du siÚcle, III, VIII.
16 (
) si quelqu'un Ă©tait venu lui dire : « Vous voulez mener la France Ă  la guerre », il aurait bondi d'indignation, en toute bonne foi.
Martin du Gard, les Thibault, t. V, p. 189.
♩ (Au comparatif). || Il est de meilleure foi que les autres (→ Faux, cit. 24). || Agir de la meilleure foi du monde (→ ExpĂ©dier, cit. 11).
♩ Dr. || Les conventions (cit. 3) doivent ĂȘtre exĂ©cutĂ©es de bonne foi (→ Contractant, cit. 1). || DĂ©biteur malheureux et de bonne foi (art. 1268). — SpĂ©cialt. Avec la conviction erronĂ©e que l'on agit conformĂ©ment au droit. || Possesseur de bonne foi (Code civil, art. 549, 1141, 2265). || Mariage contractĂ© de bonne foi (→ Putatif)
 || Paiement fait de bonne foi (→ Évincer, cit. 2).
♩ ☑ (1283, male foi). Mauvaise foi : dĂ©loyautĂ©, duplicitĂ©, perfidie. ⇒ aussi Dissimulation, faussetĂ©, forfaiture (→ Batailleur, cit. 2; contre, cit. 31; faux, cit. 33). || Être de mauvaise foi, faire preuve de mauvaise foi dans une contestation. ⇒ Chicane, chicanerie (cit. 2). || Il est d'une mauvaise foi insigne, flagrante. || Acte de mauvaise foi. ⇒ DĂ©lit; dĂ©loyal (concurrence dĂ©loyale); fraude, prĂ©varication, tromperie
 — Dr. || Mauvaise foi d'un plaideur, d'un vendeur du bien d'autrui
 || Mariage contractĂ© de mauvaise foi (→ Bigamie, cit. 1). || Possesseur de mauvaise foi.
17 La bonne foi est toujours présumée, et c'est à celui qui allÚgue la mauvaise foi à la prouver.
Code civil, art. 2268.
17.1 Un homme qui possĂšde toutes les formes de la foi, y compris la mauvaise foi.
Claudel, Journal, déc. 1925.
———
II (Sens subjectif).
A
1 Le fait de croire quelqu'un, d'avoir confiance en quelque chose. Vx. || Ces gens-lĂ  ne mĂ©ritent pas plus de foi que les autres (→ Charlatan, cit. 1). Mod. (avec quelques verbes et adj.). ☑ Une personne, un tĂ©moin digne de foi, que l'on peut croire sur parole. ☑ Ajouter (cit. 15 et 16) foi Ă  (des paroles, un comportement
), y croire (cit. 9; → aussi complaisance, cit. 4; crĂ©dule, cit. 1 et 7).
18 Nanon resta plantée sur ses pieds, contemplant Charles, sans pouvoir ajouter foi à ses paroles.
Balzac, Eugénie Grandet, Pl., t. III, p. 524.
2 (Surtout avec le v. avoir, parfois avec mettre). Confiance absolue que l'on met (en quelqu'un ou en quelque chose). || Avoir foi, avoir une foi totale en quelqu'un. ⇒ Confier (se), fier (se). || Il met toute sa foi, tout son espoir dans le nouveau gouvernement. || La foi de qqn en qqch. || Foi en l'avenir. || Foi en la victoire finale (→ Ébranler, cit. 32). || Une foi aveugle. — Avoir foi en soi-mĂȘme, dans son succĂšs, en son Ă©toile, dans sa chance.
19 Mme de Montmorency avait dans Bordeu une foi dont son fils finit par ĂȘtre la victime.
Rousseau, les Confessions, XI.
20 L'opinion d'un artiste doit ĂȘtre la foi dans les Ɠuvres (
) et son seul moyen de succĂšs, le travail quand la nature lui a donnĂ© le feu sacrĂ©.
Balzac, les Comédiens sans le savoir, Pl., t. VII, p. 47.
21 La foi Ă©tait immense dans ce peuple; il fallait avoir foi en lui. On ne sait pas assez tout ce qu'il fallut de fautes et d'infidĂ©litĂ©s pour lui ĂŽter ce sentiment. Il croyait d'abord Ă  tout, aux idĂ©es, aux hommes, s'efforçant toujours, par une faiblesse trop naturelle, d'incarner en eux les idĂ©es; la RĂ©volution aujourd'hui lui apparaissait dans Mirabeau, demain dans Bailly, Lafayette; des figures mĂȘme ingrates et sĂšches, des Lameth et des Barnave, lui inspiraient confiance. Toujours trompĂ©, il portait ailleurs ce besoin obstinĂ© de croire.
Michelet, Hist. de la Révolution française, IV, V.
22 (
) le despote allant jusqu'Ă  tyranniser le champ de bataille; la foi Ă  l'Ă©toile mĂȘlĂ©e Ă  la science stratĂ©gique (
)
Hugo, les Misérables, II, II, XVI.
23 On ne peut tout seul garder la foi en soi-mĂȘme. Il faut que nous ayons un tĂ©moin de notre force (
)
F. Mauriac, le NƓud de vipùres, IV.
3 ☑ Loc. (Techn.). Ligne de foi, servant de repĂšre pour observer avec exactitude (dans un instrument optique). || Lignes de foi horizontale, verticale d'un collimateur. ⇒ VisĂ©e (ligne de).
B (Contexte métaphysique ou religieux).
1 Le fait de croire (cit. 68) Ă  un principe par une adhĂ©sion profonde qui emporte la certitude. ⇒ Croyance; conviction; → Opinion, cit. 14. || Acte de foi; mouvement, Ă©lan (cit. 7) de foi; priĂšre qui exprime la foi et la confiance. || C'est beau d'avoir la foi ! ☑ Loc. C'est la foi qui transporte les montagnes.
24 Mais c'est le propre de la foi d'espĂ©rer contre l'espĂ©rance (
)
Renan, l'Avenir de la science, ƒ. compl., t. III, p. 985.
25 L'espérance est un acte de foi.
Proust, les Plaisirs et les Jours, p. 229.
26 (La foi) nous fait sympathiser rĂ©ellement et profondĂ©ment avec un ĂȘtre, en tant qu'elle nous unit Ă  la vie d'un sujet, en tant qu'elle nous initie, par la pensĂ©e aimante, Ă  une autre pensĂ©e et Ă  un autre amour (
) Mais ce n'est pas Ă  dire que la foi « s'oppose » au savoir ou Ă  la raison : la foi n'est ni anti-raisonnable ni a-raisonnable; elle ne mĂ©connaĂźt ni ne renie le savoir : elle se fonde sur des raisons qui sont telles que la raison, une fois consultĂ©e, s'achĂšve en une attestation de confiance dont il serait ridicule et presque odieux d'Ă©tablir les preuves par un raisonnement en forme.
M. Blondel, in Lalande, Voc. philosophique, Foi (note).
2 SpĂ©cialt. Croyance en une religion (en emploi absolu, il s'agit de la religion dominante dans la civilisation concernĂ©e, le plus souvent, en français, du christianisme). → AdhĂ©rence, cit. 3; agir, cit. 13, 29 et 30; Ăąme, cit. 64; attitude, cit. 24; baptĂȘme, cit. 6; base, cit. 8; certitude, cit. 5 et 11; chrĂ©tien, cit. 6; croire, cit. 63 et 68; croix, cit. 8; croyance, cit. 8 Ă  10, 12; espĂ©rance, cit. 23; exiger, cit. 19; extase, cit. 2; extrĂȘme-onction, cit. 2. || Avoir, trouver la foi. || Foi vive, ardente (→ ƒuvre, cit. 8), agissante (⇒ ZĂšle). || Foi de fanatique (⇒ Fanatisme). || Foi chancelante. || Perdre (cit. 17) la foi (→ Apostasier, cit. 1 et 2). || Confirmer sa foi (→ Baptiste). || Acte de foi. ⇒ PriĂšre. || Homme sans foi (→ AthĂ©e, cit. 9). || Hommes de peu de foi (saint Matthieu, VI, 30; VIII, 26). || La foi, l'espĂ©rance et la charitĂ©, vertus thĂ©ologales. || ConnaĂźtre par la foi et non par la raison (⇒ FidĂ©isme). || Illumination, lumiĂšre de la foi. || Voir qqch. avec les yeux de la foi, en croyant fervent.
27 Or la foi est le fondement des choses que l'on doit espĂ©rer, et une pleine conviction de celles qu'on ne voit pas (
) C'est par la foi que nous savons que le monde a Ă©tĂ© fait par la parole de Dieu, et que ce qui est visible a Ă©tĂ© formĂ© (
) Or il est impossible de plaire Ă  Dieu sans la foi; car, pour s'approcher de Dieu, il faut croire premiĂšrement qu'il y a un Dieu (
)
Bible (Sacy), ÉpĂźtre aux HĂ©breux, XI, 1, 3 et 6.
28 (
) si vous aviez de la foi comme un grain de sĂ©nevĂ©, vous diriez Ă  cette montagne : Transporte-toi d'ici lĂ , et elle se transporterait (
)
Bible (Segond), Évangile selon saint Matthieu, 17, 20.
29 (
) cette foi vive qui opĂšre la vĂ©ritable conversion du cƓur (
)
Bossuet, Hist. des variations, I, 16.
30 Vous vous convertiriez si vous aviez la foi.
Massillon, Avent, Délai, in Littré
31 C'est le cƓur qui sent Dieu, et non la raison; voilà ce que c'est que la foi : Dieu sensible au cƓur, non à la raison.
Pascal, Pensées, II, 278.
32 La foi est un don de Dieu; ne croyez pas que nous disions que c'est un raisonnement. Les autres religions ne disent pas cela de leur foi; elles ne donnaient que le raisonnement pour y arriver, qui n'y mÚne pas néanmoins.
Pascal, Pensées, II, 279.
33 Vous voulez aller Ă  la foi, et vous n'en savez pas le chemin (
) apprenez de ceux qui ont Ă©tĂ© liĂ©s comme vous
 Suivez la maniĂšre par oĂč ils ont commencé : c'est en faisant tout comme s'ils croyaient (
)
Pascal, PensĂ©es, III (→ AbĂȘtir, cit. 1).
34 La foi est la consolation des misérables et la terreur des heureux.
Vauvenargues, Maximes et RĂ©flexions, 323.
35 La foi s'assure et s'affermit par l'entendement.
Rousseau, Émile, IV.
36 La foi, sƓur de l'humble espĂ©rance (
)
Hugo, Odes et Ballades, II, III, 2.
37 (
) elle le conjura de supporter toutes ses douleurs pour l'amour de Dieu; lui, homme de peu de foi, emportĂ© par la souffrance, repoussa ces pieux conseils par des blasphĂšmes (
)
Stendhal, Romans et Nouvelles, « Souvenirs d'un gentilhomme italien ».
38 (
) la foi n'est pas seulement un acte de l'intelligence, une conviction, mais un acte de sensibilité et de volonté, un sentiment de confiance, un désir de soumission.
Martin du Gard, Jean Barois, II, Le crépuscule, II.
39 C'est au pays de Voltaire et de quelques autres que la foi est la plus sĂ©rieuse et la plus solide peut-ĂȘtre, et que les Ordres se recruteraient le plus aisĂ©ment; c'est Ă  lui que l'Église a attribuĂ© les canonisations les plus nombreuses dans ces derniĂšres annĂ©es.
Valéry, Regards sur le monde actuel, p. 135.
40 (
) je n'ai point la foi, je ne crois plus en Dieu depuis longtemps; mais je demande encore, j'exige encore, je suis encore capable de priùre.
G. Duhamel, Chronique des Pasquier, VII, XXVII.
♩ ☑ Loc. Foi de saint Thomas : foi de ceux qui, comme saint Thomas, demandent à voir et à toucher, avant de croire.
41 VoilĂ  des cas oĂč il ne faut avoir de foi que celle de saint Thomas, et demander Ă  voir et Ă  toucher.
Voltaire, Lettre à la duchesse de Hesse-Cassel, 14 mai 1754.
♩ ☑ La foi du charbonnier (cit. 2) : la foi humble, naïve des simples.
42 Cet homme avait la foi du charbonnier. Il aimait la sainte Vierge comme il eût aimé sa femme. Catholique ardent, il ne m'avait jamais dit un mot sur mon irréligion.
Balzac, la Messe de l'athée, Pl., t. II, p. 1163.
♩ ☑ Il n'y a que la foi qui sauve, formule des protestants selon laquelle la foi peut sauver sans les Ɠuvres. — Iron. Se dit de ceux qui se forgent des illusions.
♩ ☑ Loc. N'avoir ni foi ni loi : n'avoir ni religion ni morale. ⇒ Amoral, immoral, irrĂ©ligieux, mĂ©crĂ©ant (→ Feu, cit. 28). || Un aventurier sans foi ni loi.
43 Qui méprise Cotin n'estime point son roi,
Et n'a, selon Cotin, ni Dieu, ni foi, ni loi.
Boileau, Satires, IX.
44 (
) il semble qu'il ait passĂ© toute sa vie (
) dans un coupe-gorge oĂč il n'y avait ni foi ni loi (
)
Mme de Sévigné, 1234, 13 nov. 1689.
3 (1539, Calvin). L'objet de la foi. ⇒ Confession, dogme, religion (→ Ex cathedra, cit. 1). || Professer la foi chrĂ©tienne, la foi musulmane. Non qualifiĂ©. La foi dominante (en français, le plus souvent, la foi chrĂ©tienne). || Croisade de la foi. || Violer la foi de ses pĂšres (→ Avilir, cit. 2; chĂ©rir, cit. 15). || Confesser (cit. 18) une foi nouvelle. || Renoncer Ă  une foi (apostasier). || PrĂȘcher, rĂ©pandre la foi (⇒ CatĂ©chiser; catĂ©chisme, prĂ©dication, propagation, prosĂ©lytisme). || Les ennemis de la foi (→ Arracher, cit. 10).
45 Ses aumĂŽnes se rĂ©pandaient de toutes parts jusqu'aux derniĂšres extrĂ©mitĂ©s de ses trois royaumes; et, s'Ă©tendant, par leur abondance, mĂȘme sur les ennemis de la foi, elles adoucissaient leur aigreur et les ramenaient Ă  l'Église.
Bossuet, Oraison funĂšbre de la Reine d'Angleterre.
46 Ensuite elle voulut confesser elle-mĂȘme la foi musulmane et, ouvrant dans la pose de la priĂšre ses petites mains de cire blanche, elle rĂ©pĂ©ta les paroles sacramentelles (
)
Loti, les Désenchantées, XLVI.
♩ ☑ Profession de foi : dĂ©claration publique de sa foi (→ AmbiguĂŻtĂ©, cit. 1). || La profession de foi du Vicaire Savoyard, dans l'« Émile » de Rousseau. — Par ext. Toute dĂ©claration (cit. 2) de principes. || La profession de foi d'un candidat aux Ă©lections lĂ©gislatives, d'un thĂ©oricien (→ Dessinateur, cit.).
♩ ☑ Article de foi. ⇒ Article (supra cit. 7).
4 Par anal. Croyance assurĂ©e, fervente. || Foi de l'honneur (→ ArmĂ©e, cit. 16). || Foi politique, patriotique. || Avoir foi en la rĂ©volution. || Sa foi dans la vie, en l'art. → Persifler, cit. 3.
47 (
) la sublime foi patriotique, dĂ©mocratique et humaine, qui, de nos jours, doit ĂȘtre le fond mĂȘme de toute intelligence gĂ©nĂ©reuse.
Hugo, les Misérables, I, I, XI.
48 La seule foi qui me reste, et encore ! c'est la foi dans les Dictionnaires.
Paul Léautaud, Journal littéraire, 27 févr. 1900.
❖
CONTR. InfidĂ©litĂ©, trahison. — Critique, doute. — IncrĂ©dulitĂ©, incroyance, scepticisme.
HOM. Foie, fois.

Encyclopédie Universelle. 2012.

Regardez d'autres dictionnaires:

  • foi — (foi) s. f. 1°   FidĂ©litĂ©, exactitude Ă  remplir ses engagements ; et, par extension, assurance, serments, protestations de loyautĂ©. ‱   Si j en obtiens l effet, je t engage ma foi De ne respirer pas un moment aprĂšs toi, CORN. Cid, III, 4.… 
   Dictionnaire de la Langue Française d'Émile LittrĂ©

  • FOI — may stand for:* Freedom of information * Fruit of Islam, Nation of Islam s security force * Totalförsvarets forskningsinstitut, Swedish Defence Research Agency * Fundamentals of InstructionFoi may also refer to: * Saint Foi, a French saint of the 
   Wikipedia

  • foi — foi·ble; foi·son; foi·son·less; 
   English syllables

  • FOI — [FOI] ; » ↑Freedom of Information Act * * * foi var. form of foy 
   Useful english dictionary

  • Foi de — ● Foi de formule par laquelle on jure, on donne sa parole : Foi d honnĂȘte homme 
   EncyclopĂ©die Universelle

  • FOI — s. f. Croyance aux vĂ©ritĂ©s de la religion. La foi est la premiĂšre des trois vertus thĂ©ologales. La foi, l espĂ©rance et la charitĂ©. Foi pure, ardente, ferme, inĂ©branlable. Foi vive. Foi morte. Foi languissante. Foi chancelante. Acte de foi. Avoir… 
   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 7eme edition (1835)

  • FOI — n. f. Croyance aux vĂ©ritĂ©s de la religion. La foi est la premiĂšre des trois vertus thĂ©ologales. La foi, l’espĂ©rance et la charitĂ©. Foi pure, ardente, ferme, inĂ©branlable. Foi languissante. Foi chancelante. Acte de foi. Avoir la foi. La foi d’un… 
   Dictionnaire de l'Academie Francaise, 8eme edition (1935)

  • Foi —          AVELINE (EugĂšne Avtsine, dit Claude)     Bio express : Romancier, poĂšte et peintre français (1901 1992)     «C est une mission de l intellectuel que d empĂȘcher la mĂ©tamorphose d un moyen politique en article de foi, en mythe.»     Source 
   Dictionnaire des citations politiques

  • Foi —  Pour les articles homophones, voir Foy, Foie, Foix et Fois. Sur les autres projets Wikimedia : « foi Â», sur le Wiktionnaire (dictionnaire universel) « Le portail des religions et croyances Â», sur 
   WikipĂ©dia en Français

  • foi — FOI1 s.m. v. foale. Trimis de zaraza joe, 13.09.2007. Sursa: DEX 98 ï»ż FOÍ2, foiesc, vb. IV. 1. intranz. (Despre o colectivitate, o mulĆŁime) A se miƟca, a umbla Ăźncoace Ɵi Ăźncolo; a miƟuna, a forfoti, a fojgăi. ♩ (Despre un loc, o Ăźncăpere etc.) A 
   Dicționar RomĂąn


Share the article and excerpts

Direct link

 Do a right-click on the link above
and select “Copy Link”

We are using cookies for the best presentation of our site. Continuing to use this site, you agree with this.